Editoriaux - Société - 13 juillet 2013

Eurêka ! On arrête tous les véhicules et fini les macchabées sur les routes !

Manuel Valls s’est dit favorable à une baisse de 80 à 70 km/h de la vitesse maximale autorisée sur le périphérique parisien, se rangeant ainsi derrière l’avis de Bertrand Delanoë, qui lui-même se rangeait sur l’étagère de la bibliothèque rose, rayon « maman j’ai peur ». Une idée en parfaite contradiction avec les chiffres, puisque nous apprenons, par ailleurs, que le nombre des morts sur la route a baissé de 15 % au premier semestre 2013 par rapport à la même période de 2012. Dans ce même élan de ralentissement généralisé, l’inénarrable Parlement européen milite en faveur d’un 30 km/h en ville car (qui l’eût cru ?) moins on roule vite, moins le choc est rude. Découverte qui a dû nécessiter la nomination de plusieurs commissions d’enquête. Des mois d’étude…

Dans cette course vers le point zéro du déplacement, inutile de préciser qu’un arrêt complet de tous les véhicules réduirait le nombre de macchabées à néant, si l’on excepte les quelques hurluberlus qui auraient l’idée de se jeter la tête la première contre une voiture en stationnement.

L’avancée technologique des véhicules étant inversement proportionnelle à la vitesse à laquelle ils sont contraints de se déplacer, l’exploit va désormais consister, non pas à pulvériser des records sur circuit, mais bel et bien à réussir à se maintenir à 30 km/h sur des boulevards déserts où un bon 80 ne présenterait aucun danger. On entrevoit les retransmissions télévisées de l’affaire avec commentateur au bord de la crise de nerfs : « Et c’est maintenant l’inspecteur Derrick qui parvient à se faire doubler par ce casse-cou de Papi Brossard qui frôle les 15 km/h dans la descente… C’est énorme ! »

L’une des performances de la société marchande est d’être parvenue à vendre des biens de consommation d’une puissance dont personne n’a besoin ou ne peut utiliser. Disques durs d’une capacité de stockage dont la moitié n’est jamais atteinte, voitures bolides capables d’atteindre les
200 km/h en un clin d’œil sur des routes truffées de radar qui s’affolent dès 132, robots ménagers dignes de cuisines trois étoiles, aspirateurs qui nettoient même la moquette du voisin du dessous… À ce rythme, en 2050, nous nous traînerons à 60 km/h sur autoroute à bord d’engins supersoniques.

Arrivé à ce stade d’application du fabuleux « principe de précaution », une question cruciale se pose : pourquoi ne pas revenir au déplacement à cheval ? Aussi rapide, non polluant, moins bruyant, sympathique… Dans cet univers de prudence et d’anxiogénisme, quel argument opposer à cette idée folle de réalisme ? Qu’attend Bertrand Delanoë pour instituer le chevalib ? Des canassons alignés ici et là en libre-service… Avec ou sans charrettes. Engrais gratuit pour les parterres fleuris. Rien à redire. Quitte à se déplacer doucement, Manuel Valls et sa clique de roule-petit doivent aller au bout de leur logique. Sinon, quoi ?

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