Editoriaux - Société - 4 juillet 2013

Éteindre les vitrines la nuit et… les occulter le jour !

Le Grenelle de l’environnement l’avait promis, Delphine Batho 1 l’applique : à quelques dérogations près, les vitrines, magasins, bureaux et façades de bâtiments devront être éteints la nuit entre 1 h et 6 h.

Une goutte d’eau dans un océan de gaspillage est toujours bonne à prendre même si rien n’indique qu’Homo consommatus est prêt à renoncer à son idéal fait de 4×4, piscines chauffées, vacances aux Seychelles et Rolex à 50 ans. Est-ce l’énergie qu’il faut économiser ou les modèles qui la génèrent ? Après avoir éteint les lumières des vitrines, examinons à la lampe de poche ce qui se trouve à l’intérieur. Que de merveilles ! Tenues tendance, gadgets techno, bijoux, automobiles rutilantes… Ali en serait resté baba. Mais trop, c’est trop. N’en jetez plus, nos armoires sont pleines, nos tiroirs débordent de téléphones mis de côté, de fripes, de gadgets… Vite un vide-greniers ! Le consommateur fou revend l’excédent pour acheter d’autres machins. Plus mode, plus techno, plus mieux… Encore…

Éteindre les vitrines la nuit et les occulter la journée, voilà le remède. Plus efficace que mille éoliennes. Dire stop. Assez. Nous avons tout ce qu’il nous faut. Merci. Ça va. Les écolos parano dénoncent une obsolescence prétendument programmée. Mais où est-elle ? Le phénomène est exactement inverse. Les biens de consommation sont jetés ou vendus à vil prix bien avant leur fin de vie. Les sites d’annonces regorgent d’objets d’occasion de moins d’un an, de voitures à peine usagées, de téléphones en parfait état de marche… Les vide-greniers sont saturés de vêtements de marque à peine portés, bazardés pour trois fois rien, de machines à café pratiquement neuves vendues 2 €… Je veux ma Nespresso comme George Clooney ! Ah, Clooney, le mal que tu nous fais…

Oh la la la vie en rose

Le rose qu’on nous propose

D’avoir les quantités d’choses

Qui donnent envie d’autre chose

Aïe, on nous fait croire

Que le bonheur c’est d’avoir

De l’avoir plein nos armoires

Dérisions de nous dérisoire

Foule plus ou moins sentimentale… Les jours de mariage, l’amour ne peut se fêter qu’à bord de limousines à rallonge et de bolides hors de prix. Le romantisme a du plomb dans l’aile. Un état d’esprit renforcé par l’attrait pour le clinquant des populations d’origine immigrée… À l’heure où il serait urgent de revenir à des valeurs simples, la banlieue a pour la consommation les yeux d’un enfant face à un sapin de Noël. Scotchée par les grosses cylindrées, abonnée des fast-foods et leurs monceaux d’emballage… Le 25 décembre, l’enfant ne se soucie pas du papier cadeau…

Pour économiser l’énergie, il faudra commencer par faire l’économie de rêves en toc. C’est lorsque les vitrines sont éteintes que la vie s’allume…

Notes:

  1. NDLR : Cet éditorial é été rédigé juste avant le limogeage de Delphine Batho.

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