Editoriaux - International - Politique - Tribune - 6 janvier 2017

États-Unis : McCain et Graham lancent leur campagne de Russie

Depuis l’élection présidentielle du 8 novembre 2016, les États-Unis oscillent entre deux univers parallèles.

Celui de Trump, qui non seulement a bâti son équipe de mercenaires présidentiels en un temps record (comparativement aux anciens présidents « professionnels »), mais surtout est « entré en fonction » dès le 9 novembre, ce qui a blessé l’amour-propre du président Obama.

Trump a immédiatement travaillé sur les dossiers économiques, interpellant directement les entreprises en flagrant délit de surestimations budgétaires (Boeing, Lockheed Martin) afin de les faire revenir en arrière, ou celles « coupables » d’exportation des emplois au Mexique (Carrier, GM, Ford). Dans tous ces cas, les PDG ont réagi positivement, certains sous la forme d’un redressement majeur de stratégies.

Il a également lancé un avertissement à Toyota, qui lui a garanti son « patriotisme » américain. Bref, Trump n’aura de cesse de faire passer un message simple : le gouvernement vous facilitera la tâche en coupant les impôts aux entreprises, en supprimant les réglementations parasitaires, en vous permettant à faible coût fiscal de rapatrier vos capitaux parqués à l’étranger et en faisant baisser les coûts de l’énergie… mais il vous assommera (droits de douane, entre autres) si vous continuez de transférer emplois et technologies ailleurs.

Le futur président a également fait deux grands coups : d’abord en apparaissant publiquement avec le patron de la SoftBank pour annoncer un investissement japonais de 50 milliards dans les technologies, avec 50.000 nouveaux emplois créés ; ensuite en rassemblant l’élite de la Silicon Valley à la Trump Tower afin de discuter immigration de qualité et cybersécurité.

Bref, la Bourse a suivi et le « Tweeteur en chef » a contenu les Brutus républicains.

Pas si vite ! Car il y a le monde virtuel, celui des Caton obsédés par un changement de régime en Russie : les sénateurs #NeverTrump John McCain et Lindsay Graham, qui préfèrent “concubiner” avec les mauvais perdants démocrates (qui n’en reviennent toujours pas d’avoir perdu malgré les massives complicités du système). McCain a, ainsi, organisé le 5 janvier une réunion du Senate Armed Services Committee, officiellement pour faire le point sur les risques associés à la cybersécurité. En réalité, il a offert une tribune aux mignons politiques des agences de renseignement, qui ne seront plus là après la prise de fonction de Trump, pour laisser entendre…

Laisser entendre que les Russes, champions du piratage informatique depuis des années, auraient été suffisamment stupides pour oublier cinq « signatures électroniques » (certaines relevant de malwares antiques) dans les ordinateurs du Parti démocrate, se rassemblant en un faisceau de présomptions de preuves. Mais une tribune qui ne s’est pas posé la question de savoir en quoi les corruptions et intrigues révélées par ces dÉeux piratages (parti et président de la campagne Clinton) faisaient menace à la sécurité nationale.

En attribuant ces piratages à la troisième Rome, et les présentant comme un acte de guerre, messieurs McCain et Graham viennent ainsi d’entamer leur campagne de Russie.

Trump, fort des derniers sondages de Rasmussen Reports (la majorité de l’électorat, y compris 57 % des démocrates, veut qu’il réussisse), a reçu le 6 janvier des responsables de services de renseignement… en lesquels il n’a aucune confiance. Encore une bureaucratie à réformer.

À lire aussi

Trump a-t-il une chance de gagner ? Oui, mais pour d’autres raisons qu’en 2016

Son élection, nous l’avons déjà dit, dépendra de sa pénétration au sein de l’électorat afr…