Editoriaux - Société - 12 janvier 2016

État islamique frappe où il veut, quand il veut, qui il veut

10 morts et 15 blessés. Tel est le énième bilan de l’attentat à l’explosif survenu, ce mardi 12 janvier, dans le quartier touristique de Sultanahmet, à Istanbul. Déjà, le 10 octobre dernier, 103 personnes furent tuées lors d’un double attentat-suicide près la gare d’Ankara, tandis que des manifestants pro-kurdes battaient le pavé. À trois semaines des élections législatives anticipées…

« OAS frappe où elle veut, quand elle veut, qui elle veut ! » pouvait-on lire sur les murs d’Alger, d’Oran ou de Constantine, au lendemain des accords de cessez-le-feu du 19 mars 1961, augurant d’ultimes barouds sanglants, aussi âpres que désespérés, des derniers défenseurs en armes de l’Algérie française.

La comparaison s’arrêtera là, tant il existe un fossé infranchissable entre deux organisations – l’Organisation armée secrète et l’État islamique – que tout sépare orthogonalement, tout au moins dans les objectifs poursuivis.

Le terrorisme de masse est un levier parmi d’autres pour l’État islamique qui, en se déterritorialisant, ne fait qu’accompagner son projet plus vaste d’islamisation des sociétés occidentales, selon le précepte théologique du « Dar al-Harb » ou « domaine de la guerre » (par opposition au « Dar al-Islam » ou « domaine de la soumission à Dieu » désignant les pays où s’applique la charia).

L’OAS se plaçait sous les auspices de la Résistance (comme son nom l’indiquait alors, puisqu’en octobre 1942, l’Armée secrète fédérait les trois plus importants mouvements de résistance de la zone sud : Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud) tout en s’adossant à un irrédentisme défensif apparu consécutivement au référendum sur l’autodétermination en Algérie du 8 janvier 1961 dont les 75 % de « oui » annonçaient la marche irrévocable de l’ancien département français vers l’indépendance.

Les deux organisations sont d’autant moins comparables que l’OAS finit rapidement par s’éteindre, tandis que l’État islamique n’est qu’un avatar scissionniste de la nébuleuse Al-Qaïda (sans oublier ses épigones, d’AQMI à Boko Haram en passant par Al-Nosra ou Al-Shabab), elle-même créature du Frankenstein américain, conçue en Afghanistan du temps de la Russie soviétique pour écraser cette dernière.

En outre, l’OAS s’est créée spontanément, sans le concours de quelques obscurs services secrets. Or, on ne peut qu’être frappé des liens, délibérément complexes, unissant les organisations terroristes islamiques avec certains États qui se livrent ainsi, sur le dos d’opinions publiques anesthésiées ou de civils bombardés qui n’en peuvent mais, à de violents affrontements pour la puissance.

Les attentats en Turquie, comme les divers agissements récents de prétendus « loups solitaires » islamistes en France (notamment depuis les tueries parisiennes du 13 novembre) ou encore les agressions sexuelles en meutes en Allemagne ou en Suède à la Saint-Sylvestre, témoignent d’une montée paroxystique de la violence. Les prodromes d’une Troisième Guerre mondiale, associant meurtres de masse, criminalité mondialisée et conflits larvés de haute intensité sont déjà là.

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Ni climato-sceptique, ni réchauffiste, mais réaliste critique !

La vérité est que je n’en sais rien. …