Le 21 septembre 2007, lorsque François Fillon martèle : « Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite sur le plan financier », c’est la stupéfaction générale. Mais une stupéfaction ambigüe : quel membre de la phrase avait véritablement surpris les Français ? Qu’il y eût une situation de faillite ou que François Fillon crût diriger réellement l’État ?

Avec la récente déclaration de Sapin, c’est apparemment plus clair. Celui-ci a affirmé, le 27 janvier dernier, que Fillon auto-proclamé Père la rigueur avait laissé à son départ « un État totalement en faillite », suscitant l’embarras du gouvernement actuel. Et comme de coutume, c’est Moscovici, expert inégalé en langue de bois et autres périphrases, qui s’est chargé d’expliquer ce que son collègue Sapin avait voulu dire, sans l’assumer totalement, mais en le disant un peu tout de même, qu’on était dans une sacrée panade.

Et la droite la plus bête du monde de nous expliquer que la gauche n’avait rien appris, que l’on était reparti comme en 1981 avec des dépenses inconsidérées et improductives. La vie est faite de ces clichés dépourvus de tout fondement objectif, mais auquel l’électorat croit dur comme fer : ainsi, la droite serait bonne gestionnaire, ferme sur la sécurité et l’, mais bien médiocre sur les politiques sociales et sur les questions d’éducation. Et comme de bien entendu, la gauche serait piètre gestionnaire, laxiste, mais généreuse et pleine de bonnes intentions. Fourmis cyniques contre cigales écervelées.

Le peuple et les se fourvoient systématiquement : leur croyance en un système binaire, où la gauche continuerait à gouverner comme Mauroy entre 1981 et 1983, et où la droite serait la digne héritière du , fait fi du cadre intellectuel et institutionnel dans lequel nous évoluons depuis les années 1970. Celui de la globalisation et de l’Europe. Celui dans lequel la deuxième gauche (-libérale, décentralisatrice, post-nationale) a damé le pion à la vieille SFIO et au Parti communiste ; celui dans lequel la droite libérale et européenne, aussi minoritaire dans l’électorat de droite que dominante dans les médias et les lobbies, a réussi le tour de force de ramener les gaullistes, hégémoniques jusqu’alors, à un groupuscule se réunissant dans une cabine téléphonique autour de Nicolas Dupont-Aignan. En réalité, la gauche a abandonné le peuple et l’idée de justice sociale, comme la droite a renoncé à la Nation et à l’autorité de l’État. En électorale, l’une éructe comme Mélenchon, l’autre retrouve ses accents bonaparto-gaullistes ; mais une fois au gouvernement, c’est toujours la pensée unique et Alain Minc qui gagnent…

Alors, ces accusations réciproques de mauvaise gestion ne sont évidemment que des querelles de cour d’école : droite et gauche n’ont jamais eu le courage de procéder à une réforme fiscale de grande ampleur (simplification des niches fiscales, transfert de des entreprises vers les consommateurs pour redonner de la compétitivité aux entreprises et pénaliser les produits importés), de sabrer les dépenses inutiles (tel le gouffre financier que représente la politique de la ville) et de simplifier le millefeuille administratif. Elles ont atteint toutes deux le stade suprême du renoncement, mais font tout pour que l’électeur demeure persuadé que l’une reste la seule alternative à l’autre.

Mais surtout, et c’est bien là le cœur du sujet, elles ont voté la loi de 1973 interdisant à la Banque Centrale de prêter à l’État à taux zéro et fait campagne ensemble pour le qui gravait dans le marbre cette règle qui, associée au carcan de l’Euro, asphyxie durablement les économies européennes depuis les années 1990 et fait le bonheur des seuls banquiers, ébahis de pouvoir continuer à se servir aussi grassement sur la bête.

Alors Fillon / Sapin, incurie stratégique contre impéritie politique, match nul, match de nuls…

1 février 2013

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