Discours - Editoriaux - Livres - Politique - Presse - Théâtre - 26 août 2017

État d’urgence et présidence grotesque

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François Hollande a montré tout de suite, dans son rapport odieux, pathologique avec la langue française, l’infirmité de tout le système qui l’avait produit (…). Son discours ne porte pas même un blue-jean, il est affublé d’un jogging à bandes. Son rapport à la parole, sa maîtrise de la syntaxe, la précision de son vocabulaire, l’autorité de ses propos, la qualité de sa gouvernance forment un tout. Le seul problème est qu’il ne ressemble à rien.

Voici un florilège consigné à la volée sur un carnet de notes. La forme correcte est entre parenthèses comme dans la méthode Assimil.

“Médecins sans frontières remplit (accomplit) une tâche remarquable / je veux saluer ceux qui prennent des risques, pour que nous n’en ayons pas, de risque (pour nous les épargner) / je pourrais évoquer le Nigeria eh bien la France sur tous ces sujets elle est à l’initiative (sur tous ces sujets la France a l’initiative) / cette politique, elle coûte à la croissance (compromet la croissance) / après un demi-siècle de construction de l’Europe, nous rentrons (entrons) dans un processus de déconstruction / tous les scrutins qui se sont produits (exprimés) / ils nous ont rappelé de faire des réformes et nous en avons faites (fait) / mais en même temps d’adapter la trajectoire (courbe) de nos déficits / j’aurais dû dire, au risque d’apparaître me défaussant (de paraître me défausser) / il faut qu’on leur permette d’avoir l’accession (d’accéder) à un logement / pour avoir ces emplois qui soient préparés (pour préparer ces emplois) dès l’école / des départements qui pourront être selon les populations et les territoires (qui pourront prendre en compte) / il y a une autre politique, finalement, de dire (qui consiste à dire) laissons filer le déficit, ce qui nous rend dans l’espérance (ce qui nous remplit d’espoir) / je n’ai pas d autre enjeu, d’autre ambition, de lui assurer sa sécurité (que de lui), etc.

Qu’on ne nous dise pas que les mots n’ont aucune importance ou alors dans un seul cas : quand on choisit principalement de se taire parce qu’on n’est pas doué pour manier la langue. Mais François Hollande a choisi de parler puisqu’il est m’as-tu-vu, c’est la principale raison de son élection.

Pour finir, une phrase prise en sténo dans le discours liminaire : “Je veux que la haute autorité celle qui est chargée justement, celle qui nous a révélé, si elle va rendre des rapports et s’il y a des situations, elles seront dénoncées.”

Que ce diplômé des grandes écoles soit un analphabète n’a pas pu échapper à François Mitterrand, lequel, élu après avoir prêté allégeance au côté sombre de la Force, compromis avec toutes les puissances de la déréliction, mais élevé dans la France de l’humanisme et du beau langage, s’est certainement réjoui de voir à l’œuvre la perversion des valeurs qui avaient présidé à son éducation. Il y a des gens comme ça. Des gens dont le drapeau français quitte le cercueil pendant l’oraison funèbre et dont la vertu, l’honneur, préfèrent s’écarter sur un courant d’air. Cette mésaventure hautement symbolique lui est arrivée à Jarnac, le vent a fait glisser à terre le drapeau national, et la presse confite dans l’hypocrisie et le mensonge n’a jamais décrit cette scène presque paranormale qui désignait post mortem un caractère indigne du rôle, indigne de l’héritage, indigne du pays.

Les gens de gauche, désormais arbitres des élégances dans la vie publique, du Conseil d’État aux conseils d’université, sont issus d’une France où l’image du père était encore très forte. Pour la plupart, ils en ont souffert, ils le disent, ils l’écrivent depuis vingt ans, ils en remplissent les scénarios et les pièces de théâtre. Mais au lieu d’élever ce Mitterrand au statut de père de la nation, ils ont choisi de le traiter en oncle sympa. La Mitterrandie fut un grand film de Claude Sautet où Yves Montand tenait le même rôle de faux gentil qu’à l’écran. Vingt ans après, les soupçons se confirment. Il est gênant de s’apercevoir que le pays est gouverné par des médiocres qui n’ont pas encore, à plus de soixante ans, réglé leurs rapports avec l’image du père, de l’autorité – donc du langage qui fait autorité.

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