Si le Code de l’éducation précise que « l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six et seize ans », il prévoit aussi que cette instruction peut être donnée dans des établissements privés ou dans les familles, à certaines conditions. Parmi les écoles privées, les écoles hors contrat, confessionnelles ou non (environ 1.300 dont 300 confessionnelles), continuent leur extension.

Des inspections doivent, en principe, y être effectuées pour vérifier que l’enseignement dispensé n’est pas contraire à la morale, à la Constitution, ni aux lois, ou que les impératifs de salubrité et d’hygiène sont respectés. Selon Le Figaro du 29 mars, des inspections menées en novembre et décembre 2015 dans une vingtaine d’établissements hors contrat, dont la moitié musulmans, auraient révélé « la pauvreté pédagogique » des enseignements dans quelques écoles. Dans le collimateur : des établissements musulmans soupçonnés de contribuer à la radicalisation.

Selon le ministère, il ne s’y trouverait pas « de propagande ou d’idéologies contraires aux valeurs de la , ni d’éléments liés à la radicalisation ». Le ministère souligne, en revanche, « des faiblesses, voire une véritable pauvreté pédagogique », au point qu’on peut s’interroger parfois « sur la volonté de développer l’esprit critique ». En outre, certains établissements, principalement musulmans, mais aussi catholiques, ne répondraient pas « aux normes minimales des connaissances requises à l’issue de la période d’instruction obligatoire ». C’est oublier, sans doute, que la médiocrité de l’enseignement rend de jeunes esprits particulièrement dociles à la propagande.

Le président de la Fédération des établissements musulmans assure que ces écoles répondent à « la puissante aspiration des familles musulmanes à instruire et éduquer leurs enfants dans des établissements mêlant excellence scolaire et valeurs fondamentales de l’islam ». C’est là que le bât blesse, quand on sait que l’islam ne fait guère de distinction entre religion et politique. Les dérives risquent d’être plus graves que dans des écoles catholiques hors contrat où l’on apprend généralement qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Quoi qu’il en soit, l’augmentation des écoles hors contrat, confessionnelles ou non, est le signe d’une défiance envers l’école publique. Accusée par les uns d’absence de discipline, voire de laxisme, par d’autres d’une pédagogie qui ne contribue pas à « é-lever » l’élève, à lui permettre de se dépasser. Critiquée par d’autres pour définir les élèves en compétences acquises ou non acquises, au détriment des connaissances assimilées, jugeant, en définitive, des personnes et non leurs productions, toujours perfectibles. D’autres, enfin, craignent que la laïcité ne se transforme en laïcisme militant et que l’école n’empiète sur le droit des familles en matière d’éducation.

L’école publique aurait pourtant le pouvoir de rassembler presque tout le monde si elle faisait son examen de conscience : d’abord, offrir à tous les élèves des perspectives de développement intellectuel, de promotion culturelle et sociale ; ensuite être exigeante et viser l’excellence ; enfin, vouloir être avant tout un lieu d’apprentissage du savoir, qui est apprentissage de la liberté. Quand on constate la crise actuelle de l’enseignement, qui se traduit aussi par une crise des vocations, on peut estimer qu’elle a beaucoup à faire pour répondre à cette ambition.

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