(…) Au risque de susciter l’étonnement ou même l’indignation – Twitter m’en apprend beaucoup sur le sommaire qu’induit l’emploi de 140 signes –, j’oppose, le Paris de Taubira à la France de Sézanne. Ou à celle de Nice il y a quelques semaines.

Que signifient, après trois attaques ponctuelles, odieusement racistes, à l’encontre de Christiane Taubira immédiatement soutenue et confortée par l’émoi général et réprobateur, ces manifestations du 27 novembre, du 30 novembre et du 2 décembre au théâtre du Rond-Point – en effet, c’est de la représentation ! – en présence de la compagne du président de la République ? L’incandescence haineuse avait été vite et légitimement éteinte : il fallait la ranimer.

Quitte à faire nombre, j’aurais préféré que , dans un arbitrage pourtant facile à opérer, soit venue s’unir à la population de Sézanne. Elle aurait été blâmée par Le Monde et Libération mais quel exemple, quelle sollicitude emblématique !

Dans cette petite ville, un joailler – en état de légitime défense d’après ce que les informations recueillies et les appréciations même retenues et réservées du procureur pouvaient laisser penser – a été contraint, pour prévenir un braquage, de tuer un malfaiteur menaçant, en présence de son épouse et après avoir eu une empoignade avec lui, deux complices apparemment l’attendant dehors selon la confidence recueillie par les pompiers : “On était trois, on venait du 94…” Ils sont activement recherchés. (Le Parisien, Le Monde, Le Figaro).

(…) Par ailleurs, la tragédie de Sézanne fait réfléchir bien au-delà d’elle-même et projette une lumière sombre rétrospectivement sur le passé, sur le présent et pour l’avenir.

La joaillerie d’Éric Beyle avait déjà été attaquée à quatre reprises, dont le 10 août, avant le vendredi 29 novembre. Une habitante, Laurence, déclare que “Les cambriolages se multiplient ici ; moi, ça fait trois fois en un an et demi.”

Le malfaiteur mortellement atteint était âgé de 36 ans et avait déjà été condamné pour des vols à main armée en région parisienne. Deux fois sanctionné par une cour d’assises, il avait été placé en libération conditionnelle en 2010 et se trouvait délié de toute obligation depuis 2012. Selon son excellent et fiable conseil, Me Gérard Zbili, il souffrait de troubles psychiatriques.

Si on résume brutalement le tableau que cet épisode criminel permet de dessiner, le constat est simple.

Pour le passé, une exécution des peines défaillante.

Pour le présent, une insécurité répétée et insupportable conduisant les citoyens à retirer leur confiance à l’État et aux institutions censées les protéger pour ne plus compter que sur eux-mêmes avec le risque trop prévisible d’effets meurtriers et dévastateurs.

Un avenir dont les perspectives sont évidemment très alarmistes avec un embryon de politique pénale – peine de probation ou contrainte pénale ! – en décalage total par rapport à l’immensité des actions judiciaire et pénitentiaire qu’appellerait la situation de notre pays.

Je réitère : ce qui résulte de l’enseignement de Sézanne est bien plus une honte pour notre démocratie que l’effervescence malfaisante si singulière et si vite dissipée ayant touché Christiane Taubira.

Je suis fier puisqu’en définitive il faut choisir, réflexion faite et France comprise, d’être plutôt symboliquement un habitant de Sézanne qu’un “singe français” (JDD).

Extrait de : La France de Sézanne, le Paris de Taubira.

4 décembre 2013

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