Et si on libérait les Pussy Riot ?

Je n’imaginais pas un jour prendre la défense des Pussy Riot. Et pourtant.

Emprisonnées depuis le 17 août 2012, à la suite de leur « prière punk » dans la cathédrale Saint-Sauveur, deux d’entre elles entament une nouvelle année d’incarcération.

Je ne suis pas orthodoxe, mais en tant que catholique, je peux évidemment comprendre le caractère sacrilège de leur action, une provocation blasphématoire qui va bien au-delà de la simple « impertinence », comme l’a appelée stupidement Najat Vallaud-Belkacem. Même si, visant Poutine et le patriarche Kirill, le geste était – nonobstant le lieu et la manière – plus politique que religieux.

Dois-je le préciser : je n’ai aucune sympathie pour ces folles dingues téléguidées dont les éructations rappellent à s’y méprendre celles de leurs cousines ukrainiennes Femen. Et un enfant de CM2 serait capable de voir que le comité de soutien volant à leur secours est moins animé par la compassion que par la volonté de déstabiliser le régime russe.

Et pourtant… Entre le « laisser tout faire », le blanc-seing que la France laxiste accorde à ce type d’agitatrices et le « trop en faire » de la Russie, n’y aurait-il pas un juste milieu ? Medvedev lui-même l’a dit : un an de prison, c’est peut-être suffisant…

Par une volte-face inouïe de l’histoire, le pays du péril rouge fait désormais figure de planche de salut pour ce qu’il reste de notre civilisation occidentale, d’asile politique du bon sens et de la libre expression, de dernier rempart contre le politiquement correct.

Le piège serait cependant de retourner les méthodes de nos adversaires comme une chaussette pour les leur appliquer à notre tour : la justice n’est pas l’injustice à l’envers. Avons-nous assez dénoncé ces derniers mois l’iniquité de la police et des juges, la disproportion des moyens et des sanctions. Les hystériques Pussy Riot n’ont rien à voir, cela va sans dire, avec les gentilles Marianne de la Manif pour tous, mais deux ans sous les écrous, cela fait quand même peut-être beaucoup.

J’ai oublié la citation exacte, mais Chesterton disait quelque chose comme « Les chrétiens sont pires que les autres car ils devraient être meilleurs ». L’esprit de vengeance et la dureté sont des sentiments naturels assez bien partagés, mais toujours plus dérangeants lorsqu’ils émanent de chrétiens. Le patriarche Kirill, réputé pour l’âpreté de ses propos, est brocardé pour ses goûts dispendieux (on se souvient de la Rolex discrètement “photoshopée” sur un cliché en 2012). Le clergé orthodoxe russe en général, critiqué par ses ouailles pour son « sens des affaires » et sa gestion par trop capitaliste des biens restitués par l’État, n’aurait-il pas tout à gagner à appeler à une mansuétude toute chrétienne pour ces mères de famille, désarmant ainsi et prenant à revers l’apitoiement larmoyant orchestré par la gauche occidentale ?

Pour avoir, en septembre dernier, à l’occasion d’un passage en Russie, à la fois dénoncé le sacrilège et appelé, en tant que chrétienne, à l’indulgence, Mireille Mathieu a été accusée par les médias français d’avoir « cafouillé ». Ceux-ci, dans leur dico personnel, appellent sans doute « cafouillage » ce qui n’est pas assez manichéen, comme ils appellent « dérapage » ce qui dévie un tant soit peu du dogme. Ce n’était pas un cafouillage, mais un conseil amical de la chanteuse à Vladimir Poutine, qu’elle connaît personnellement. Et il faut savoir écouter ses amis.

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