Nicolas Sarkozy a, dès 2007, traité les magistrats de "petits pois sans saveur" et, à ma connaissance, je n’ai jamais entendu de sa part la moindre repentance. Heureusement pour lui, le premier président de la Cour de cassation d’alors n’était pas un foudre de courage et, en dehors de quelques énergumènes dont j’étais qui ont protesté, le président Sarkozy s’en est, dans l’ensemble, trop bien tiré.

, dans un livre publié en 2016, dénonce les magistrats qui seraient "lâches, planqués", "joueraient les vertueux" et, au fond, ne comprendraient rien aux politiques et à la politique. Sur ce dernier point, si je saisis bien ce qu’il a voulu signifier, il n’a pas tort. La magistrature éprouve une fascination/répulsion face au monde politique et ne parvient pas à l’aborder, quand il est mis en cause, avec la distance qui conviendrait : elle est trop sévère ou trop frileuse.

Il n’empêche que François Hollande aurait dû se taire mais je n’oublie pas, à son crédit, qu’il a reçu immédiatement le premier président de la Cour de cassation, d’une autre qualité que le précédent, et, ironie du sort, un procureur général qui, à un autre poste, avait été très complaisant à l’égard de l’étrange conception sarkozyste de l’État de droit. Je ne néglige pas non plus sa contrition rapide et, pour lui, humiliante.

Nicolas Sarkozy a nommé deux mauvais gardes des Sceaux, Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie, la première par souci de la diversité – comme si celle-ci garantissait la compétence -, et François Hollande a placé trop longtemps sur un pavois une calamité ministérielle – Christiane Taubira – d’abord au nom d’une parité intégriste puis par opportunisme politique.

Nicolas Sarkozy, qui détestait les magistrats – ces empêcheurs d’agir n’importe comment en rond – s’occupait de trop près de l’univers judiciaire et il a pu compter sur quelques magistrats en poste ou détachés pour servir des desseins qui n’honoraient pas la République. François Hollande, très ignorant de ce monde, a fait preuve à son égard, publiquement, d’une politesse et d’une indifférence heureuses.

Sous Nicolas Sarkozy, les affaires sensibles intéressant l’État et les sphères de l’Élysée ont été, en quelque sorte, confisquées par le pouvoir ; la justice, grâce à une minorité de serviteurs complaisants, a été domestiquée. La République irréprochable promise en 2007 s’est métamorphosée, en un rien de temps, en démocratie bananière. Au regard de cette dérive choquante, la fronde judiciaire, si j’excepte le syndicalisme politisé, a été mince.

Aussi surprenant que cela paraisse à la droite obtuse, depuis 2012, au contraire, les enquêtes et les informations délicates, qui auparavant auraient été freinées et entravées, ont pu librement et efficacement se développer – en dehors des recours et des obstacles consubstantiels à l’État de droit – et ces avancées, je n’ai pas cessé de les saluer. Avec François Hollande, donc, un singulier paradoxe fait d’un fiasco politique et d’une rectitude judiciaire.

François Hollande est donc plus proche de la dignité présidentielle que ne l’était Nicolas Sarkozy. Le premier a su se tenir à distance de la justice quand le second n’a pas cessé de s’en mêler, de s’immiscer.

Cette évaluation n’aurait guère d’utilité, en dehors de ma volonté de rendre un peu justice à François Hollande en ces temps de naufrage pour lui et toute son action, si elle ne constituait pas un message pour l’avenir.

Le futur président de la République que j’appelle de mes vœux aura, j’en suis sûr, le comportement institutionnel et politique qui conviendra.

Il lui restera à trouver un garde des Sceaux qui ne sera pas discrédité par son ignorance ou son arrogance. Et avec une politique pénale au service de tous les Français, directement élaborée, s’il faut ajouter à l’arsenal législatif, sous l’égide d’un humanisme rigoureux.

Extrait de : Un peu de justice pour François Hollande…

20 octobre 2016

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