Editoriaux - Presse - Table - 7 février 2013

Et si l’on préférait la copie UMP à l’original FN ?

Les idées du Front national progressent dans l’opinion publique. C’est ce que dit un sondage publié par Le Monde. Sondage qui a fait couler beaucoup d’encre et saliver – un peu trop vite – Marine Le Pen.

Ce sondage confirme ce que tout le monde – c’est-à-dire tous ceux qui ne sont ni aveugles ni sourds – sent, ressent et pressent. Les plus sensibles aux thèmes portés et porteurs du FN sont les ouvriers, les artisans, les commerçants, les employés. Les petites gens ou, selon la très belle formule du sociologue Sansot, les gens de peu.
Normal. Ce sont eux qui souffrent le plus de la crise et du chômage. Ce sont eux les premières victimes d’une délinquance souvent due à une immigration qui a dépassé le seuil de tolérance (expression utilisée – je me couvre – par François Mitterrand dans les années 1980). Ce sont eux qui, déjà pauvres, se sentent encore plus dépossédés quand des mosquées poussent dans les paysages de leur enfance.

À partir de là, deux attitudes sont possibles. Celle de Marine Le Pen qui triomphe : « Vous voyez, les Français pensent comme nous ! » L’autre qui consiste à regarder lucidement (mais le FN en est-il capable ?) les résultats des trois élections législatives partielles de décembre dernier.

Elles ont signé une victoire sans appel des candidats de l’. Quoi, l’ ? Ce parti qui était alors, à première et courte vue, condamné à mort par sa délétère guerre des chefs ? C’est sûr, les candidats du FN allaient rafler la mise et faire mordre la poussière aux candidats de la « droite atlantiste et européiste » ! Eh bien non. Les challengers du FN sont restés loin, très loin derrière.

Les Français, par ailleurs sensibles aux idées du Front national, n’ont pas préféré « l’original à la copie ». Marine Le Pen est sage. Elle ne reprend pas à son compte cette formule inlassablement martelée par son père. Mais la question se pose car elle est d’actualité et le sondage du Monde le confirme.

Le FN énonce souvent des évidences non contestables et pose de « bonnes questions » (la formule est de Laurent Fabius, le fils préféré de Mitterrand déjà cité). Quand le FN dit qu’il pleut, ce n’est pas faux. Mais au lieu de dénoncer on ne sait quelle puissance maléfique qui ferait pleuvoir sur nos têtes, on peut aussi ouvrir son parapluie. C’est préférable.

Quand le FN impute la délinquance aux immigrés déracinés venus d’Afrique, il n’a pas tort. Mais plutôt que la « préférence nationale » qui trimballe quelques relents xénophobes, on peut choisir un contrôle plus strict et plus sévère de l’immigration clandestine. C’est mieux.

Quand le FN hurle contre le chômage et la désindustrialisation de notre pays, il dresse un constat vrai. Mais on peut s’interroger sur sa rituelle dénonciation de la mondialisation et des banques et opter pour une réflexion plus sereine et plus sérieuse de nos maux. C’est plus raisonnable.

Quand le parti de Marine Le Pen s’inquiète de la multiplication des mosquées, il n’a pas tort. Mais plutôt que d’aller déposer des têtes de cochons sur les lieux de culte musulmans (comme le font des excités qui se réclament des idées frontistes), on peut traquer, punir et condamner les prédicateurs haineux. C’est plus sage.

Alors, oui, la copie plutôt que l’original ! La base militante de l’UMP l’a bien compris. Ainsi que les électeurs qui, avec bon sens, votent comme ils votent et comme on l’a vu en décembre dernier. En attendant (les prochaines élections, municipales, auront lieu en 2014), on observera que le seul qui ait réussi à faire, d’une façon certes singulière, la synthèse entre l’original et la copie n’est ni FN ni UMP. Il s’agit de Manuel Valls. Il est socialiste et ministre de l’Intérieur. Pour faire passer cette amère pilule, il a mis un emballage rose autour de son paquet répressif. Doit-on vraiment s’en plaindre ?

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