Editoriaux - Religion - 25 avril 2015

Et si les poules modérées avaient des dents ?

Entre l’arbre qui cache la forêt et l’exception qui confirme la règle, mon cœur balance… Par les sanguinaires temps qui courent, la moindre pépite se doit d’être montée en épingle par un “vivre ensemble” aux abois, Charlie et seize cadavres obligent… Le Journal du dimanche en date du 19 avril tient ainsi son oiseau rare, lui consacrant une pleine page : “Adnan Ibrahim, l’imam qui dénonce la barbarie. Né à Gaza, prêchant à Vienne en Autriche, cet imam séduit […] jusqu’à l’Arabie saoudite par son réformisme et sa tolérance.” Que ne se précipite-t-il dans le premier avion à destination de Riyad, en Arabie saoudite, afin d’y prêcher “réformisme” et “tolérance”, la gent féminine bénéficiant déjà, sauf erreur de notre part, en Autriche en général et à Vienne en particulier, du droit de conduire une voiture ? “Je sais que je suis sur la liste de Daech, c’est un risque que j’assume”, précise encore le courageux imam. Mais en quoi son courage est-il exactement notre garant ? Dans tous les cas, l’islam s’affirme “comme l’ultime prophétie, la Révélation complète”, considérant par là même les autres religions (judaïsme/christianisme) comme “incomplètes ou déformées” (Paul Thibaut, Famille chrétienne n° 1944 18 avril).

Perplexité aidant, échaudé par les “escrocs de l’islamophobie” (mots posthumes de Charb), je reste à l’affût de quelque sémantique ou subliminale énormité, même énoncée par un imam réformiste pointant sur la liste noire de Daech. Il en fallait bien une, et la voici, camouflée dans l’exhaustive avalanche modératrice de notre sympathique imam autrichien : “Ceux qui s’explosent au milieu des foules n’ont pas compris grand-chose, ils n’ont pas appris l’islam, ils ne savent rien. C’est un fanatisme vil, comme celui des croisés du Moyen Âge.” Traduction : ceux qui s’explosent au milieu des foules n’ont rien compris, ce n’est pas l’islam. Par contre, c’est comme le fanatisme vil des envahisseurs chrétiens du Moyen Âge. Sans nourrir aveuglément l’idée d’un pacifisme acharné animant nos valeureux ancêtres, il n’est pas inutile, peut-être, de faire un petit rappel historique à notre aimable imam. Trois siècles et demi avant la première croisade (1096-1099), nous retrouvions la soldatesque mahométane aux portes de Poitiers (732) où ils n’avaient rien à faire a priori, sauf à titre d’agresseurs, de conquérants et d’envahisseurs. Ou bien s’y trouvaient-ils pour enseigner aux Pictaviens et Pictaviennes l’art pacifique de la poterie, et offrir en passant sur la route des vacances un petit thé à la menthe ? Petit détail chronologique insuffisamment mis en lumière : l’antériorité de l’agression est bien musulmane, mais bons joueurs comme toujours, nous ne chipoterons pas à l’excès.

Néanmoins, tout bien pesé, plutôt que “l’arbre” ou “l’exception”, je me demande si je ne vais pas opter pour une troisième hypothèse : et si les poules modérées avaient des dents ?

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