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Culture - Editoriaux - Santé - 2 décembre 2014

Et si on incitait un peu plus les médecins français à rester en France ?

L’article du Monde parlant des médecins en France à diplôme étranger, daté du 27 novembre dernier, ne peut me laisser indifférent, ayant moi-même émigré en Angleterre en 2004, après 17 ans « de bons et loyaux services » en banlieue bordelaise comme médecin généraliste.

Selon l’article, ils sont en France 8,2 % des médecins inscrits à l’Ordre. À titre de comparaison, selon le General Medical Council (l’ordre des médecins britanniques), ils sont 41,1 % au Royaume-Uni ! Les Britanniques sont donc bien plus habitués à consulter des médecins étrangers que les Français.

Le titre de l’article du Monde “Un quart des nouveaux médecins en France ont un diplôme étranger” signale que les nouvelles installations de médecins généralistes en France sont à 40 % le fait de jeunes médecins roumains. Le numerus clausus est devenu caduc car contourné par les accords de Schengen et par la réciprocité de reconnaissance des diplômes européens.

Ce qui m’interpelle, c’est que ces médecins roumains sont venus comme naguère les ouvriers chercher un meilleur mode de vie que dans leur propre pays. Ce que j’ai fait également, je le reconnais. À une différence près : les statistiques de l’Ordre montrent que ce sont en majorité des jeunes qui viennent émigrer en France. À 45 ans, avec la disponibilité qui m’était demandée comme médecin généraliste en France, j’étais totalement épuisé. Je me suis dit alors que je ne pourrais pas tenir cinq ans de plus à ce régime sans avoir un ennui grave. Et j’ai payé ma dette en travaillant 17 ans pour la formation de huit ans que mon pays m’a fournie.

D’autres médecins français qui ont émigré en même temps que moi en Angleterre, dont certains exerçaient en campagne, faisaient ce même constat. Une consœur nous a dit que, dans son secteur de campagne, sur six médecins, un était mort d’un infarctus, un s’était suicidé, et qu’elle travaillait de 7 heures du matin à 10 heures du soir. Trop, c’est trop. « Taillables et corvéables à merci » était notre sentiment.

D’où une question simple : sur le nombre de médecins formés en France, pourquoi croyez-vous que si peu décident de s’installer en médecine générale ? Voyons : huit ans d’études, des horaires de disponibilité inouïs au pays des 35 heures et des honoraires en peau de chagrin (dont la moitié partent en frais, URSSAF, retraite, assurance, etc.) quand on compare à bien des métiers de niveau bac+8.

C’est également valable pour le Royaume-Uni qui, bien que traitant mieux ses médecins généralistes, en manque. Des propositions non négligeables s’offrent à eux : émigrer en Australie, au Canada ou en Nouvelle-Zélande, sans changer de langue donc de culture, ils peuvent accéder à un meilleur niveau de vie et cadre de vie. 5.000 médecins britanniques manifestent le désir de franchir ce pas, selon le General Medical Council.

Mon sentiment : quel gâchis !

Une proposition : rendre le métier désirable (horaires et honoraires décents). Sinon, les jeunes continueront à bouder un métier pourtant formidable !

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