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Editoriaux - Industrie - International - Politique - Santé - 19 décembre 2014

Et si on avait raison d’interdire les feux de cheminée ?

Chacun a pris fait et cause contre l’arrêté hostile aux cheminées en ville dans certaines communes, des comiques aux polémistes et jusqu’à des formations politiques contestataires comme le MNR. Face à un tel vent de fronde, Ségolène Royal n’a visiblement pas voulu rééditer la grogne des portails écotaxe et, en fine politique, a devancé le conflit en annulant la décision préfectorale – on aurait pu imaginer une décision moins radicale en accordant une exception pour les veillées de la nuit de Noël et de la Saint-Sylvestre, par exemple, ou un jour par semaine en hiver.

Peut-être peut-on voir dans cette décision une certaine forme de démission face à la défense de l’intérêt général. On tient compte de ceux qui parlent le plus fort, de ceux qui rejettent toute contrainte selon la vieille antienne soixante-huitarde “Il est interdit d’interdire”, comme des libéraux toujours prompts à stigmatiser une “administration tatillonne qui aspire à tout réglementer”. Peu importent les habitants sans doute plus nombreux gênés par la fumée de cheminée s’infiltrant par les moindres ouvertures jusqu’à emplir l’air des pièces, et la santé des plus vulnérables, enfants, personnes âgées, allergiques. C’est ainsi qu’il a fallu des années et l’obstination de quelques personnalités comme le professeur Dubois pour protéger des effets nocifs du tabac les personnes exposées au tabagisme passif succombant au cancer du poumon pour avoir assisté à des réunions ou servi dans des établissements enfumés sans avoir parfois eux-mêmes jamais tiré la moindre bouffée d’une cigarette (sans parler du coupable secret maintenu dans la tragédie de “la vache folle” au nom d’une vision économique à court terme).

D’autre part, cette décision pourrait aussi sembler une échappatoire devant les responsabilités, car en estimant qu’il ne serait pas légitime de prendre des mesures restrictives à l’encontre des cheminées alors que d’autres sources de pollution, issues de l’automobile et de l’industrie, sont au moins autant préoccupantes, on s’interdirait toute action ; tout ce qui permet de préserver la santé et même de sauver des vies devrait être entrepris, sans préjudice naturellement de l’adoption d’autres dispositions encadrant les deux autres sources principales de nuisance de l’atmosphère en agglomération.

Ne pas adopter de mesure faute de pouvoir tout embrasser d’emblée dans un seul mouvement évoque l’impuissance mondiale à prévenir le réchauffement climatique, chacun exigeant de l’autre l’adhésion entière au programme sous peine de ne pas y souscrire lui-même : après le blocage des principaux pollueurs (les États-Unis et la Chine), délivrant tardivement leur accord de principe, on soulève à présent les objections de nouveaux pays émergents ou des pays les plus pauvres pour convenir que l’unanimité n’est toujours pas acquise et renvoyer une fois de plus l’adoption de mesures nécessaires à une prochaine rencontre internationale.

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