Culture - Discours - Editoriaux - Politique - Santé - Table - 29 janvier 2016

Estrosi et la gîte à bâbord

En 2002, le politiste Yves-Marie Adeline décrivait La droite où l’on n’arrive jamais. Sa thèse, développée en 2012 (La droite impossible : essai sur le clivage droite-gauche en France) est la suivante : la droite, même quand elle est au pouvoir, est contrainte par un système institutionnel, intellectuel, culturel et médiatique à mener une politique de gauche. Philippe de Villiers, dans son dernier ouvrage, nous décrit ainsi un président Giscard terrorisé par l’idée d’un nouveau Mai 68, prônant la « décrispation » pour finir, nous dit-il, dans un socialisme rampant.

Christian Estrosi a réussi l’exploit d’ouvrir à la gauche des bras que les électeurs lui avaient résolument fermés. Alors que le souffle brûlant de l’opinion portait résolument à dextre, il a donné l’illustration magnifique de la règle d’or, pourtant déjà patinée par le temps, de la gîte structurelle à bâbord.

Resté seul au combat face à un Front national requinqué, mené par une Marion Maréchal-Le Pen plus conquérante que jamais, il avait le choix entre la fidélité à lui-même, à son parcours, à son discours d’une droite que l’on disait franche et décomplexée. Rien ne dit que, sur ce terrain-là, il n’aurait pas gagné. Ou fait gagner ses idées.

Mais il a préféré un reniement complet, du tout au tout, en quelques jours, pour se concilier les précieuses voix de gauche qui couronneraient sa carrière politique d’un sceptre régional.

Que reste-t-il de la droite en PACA ? A priori, tout : une large majorité, l’absence de toute opposition de gauche. N’empêche. La gauche s’est désistée ? En échange de son appel à voter pour une héroïque « résistance », la voici membre d’un « conseil des sages » désigné par le chef du jour. Le conseil régional, élu par le peuple, est équilibré par la chambre de l’entre-soi, l’entre-gens fréquentables s’entend. Ce « conseil territorial » aura à se prononcer sur les projets de texte avant les élus eux-mêmes : à Marseille, la démocratie avale des couleuvres.

Ce n’est pas tout. La Villa Méditerranée, autel de la diversité culturelle et gouffre à millions, qu’Estrosi promettait d’aliéner est remise à l’honneur. On lui cherche une ambition, un projet, un nouveau souffle. Quant au leader de l’alliance écologiste indépendante, Jean-Marc Governatori, est promise la présidence d’un institut pour l’écologie et la qualité de vie, création certainement très utile, puisqu’elle serait dotée de 30 millions d’euros sur 6 ans.

Au moins, une fois élu, le nouveau président territorial eût pu arrêter les frais et reprendre le cours de sa bonhomie niçoise. Mais non. Avec l’ardeur des nouveaux convertis, le miraculé allait proclamer que jamais, au grand jamais, on ne le reprendrait au blasphème contre le vivre ensemble. Foin des cinquièmes colonnes, au diable les islamo-fascistes. « Plus on va à droite, plus on fait monter le FN », abjure-t-il pieusement. On écrase une larme devant cette contrition sincère.

Et voilà le dévot de Notre-Dame de Grâces, chevalier des racines chrétiennes de la France, qui avait, sur son chemin de Damas à l’envers, ramassé l’étendard fripé du Planning familial. Le voilà pris la main dans le sac – nauséabond, bien sûr – de la Manif pour tous ! Que les bons esprits se rassérènent : à l’affût de l’os, les chiens de garde de la néo-parentalité l’attendaient au tournant. Incontinent, Catherine Giner dut rendre la Famille et se contenter de « l’intergénérationnel » où, tant que l’euthanasie ne sera pas inscrite dans le Code de la santé, l’on s’est assuré qu’elle ne nuirait pas. Comme pour les militants de Sens commun, jetés en foule à la rue du marché électoral, on lui souhaite de trouver un toit par ces temps hivernaux.

En un mot comme en mille, le spectacle crève les yeux : la droite en PACA est nue. Elle n’est plus que la silhouette d’elle-même, dépossédée de l’intérieur. Ayant vendu son âme à d’autres mages, elle n’est plus qu’un robot, l’un de ces androïdes dotés d’une voix aussi mielleuse que prodigieusement ennuyeuse. La marionnette fatale d’un système narquois.

Bien sûr, d’ici la fin de son mandat, un peu avant peut-être, Christian Estrosi se souviendra de ses électeurs traditionnels, de ses discours de Nice, du temps où il avait un souffle. Mais restera-t-il des électeurs au numéro indiqué ?

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