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Discours - Editoriaux - Internet - Politique - Table - 14 octobre 2014

À Eric et aux autres, sachons raison garder…

Il en va du vocabulaire politique comme des modes de cours de récréations. Que l’on dégote un bon mot intéressant, accrocheur ou percutant et il sera repris, exploité, torturé de toutes les manières possibles jusqu’à en perdre de sa substance et de son sens premier, n’être plus que connotations en fonction de qui l’emploie. Puis délaissé, étant devenu plat.

« Raciste », apprécié à gauche. « Assistanat » plus à droite. En passant par « bobo » devenu, comme « fascho », une insulte servie à toutes les sauces. Malheureusement, l’existence de ces mots fantômes nivelle par le bas le discours politique (ou quotidien) et c’est tout un vocabulaire courant que l’on découvre n’avoir, en réalité, aucun sens, aucun concept, comme c’est pourtant nécessaire en philosophie.

Pour l’exemple, on fait ces derniers temps souvent appel au « bon sens », sorte d’idée vague mais irréfutable, d’évidence indéniable mettant le camp adverse dans l’indéfendable position de l’idiot à côté de ses pompes. Or quoi de plus anti-démocratique que cet argument du « bon sens », qui, en plus de décrédibiliser injustement l’adversaire, est la preuve éclatante d’une certaine mentalité qui refuse de voir plus large ?

Le bon sens, c’est l’évidence d’avoir raison et l’évidence que les autres ont tort. Sauf que cette opinion personnelle est d’autant plus forte qu’il est très facile pour les auditeurs de s’y retrouver (forcément, le concept est si vague qu’on approuve plus la personne qui le prononce que son discours), cette doxa est devenue monnaie courante aujourd’hui. Comment voulez vous débattre philosophiquement en 45 minutes de discussion sur un plateau télé ?

Démocratisation d’internet, libération de la parole, ajoutez la liberté d’expression en sauce et vous obtiendrez le joli plat du tout et n’importe quoi. Pire chez les politiques qui rivalisent (pour racoler le public) de mélanges de théories, d’associations d’idées douteuses, de raisonnements intenables pour peu qu’on les approfondissent. Bref de populisme.

Mon bord idéologique me fait soupirer lorsque je vois Zemmour (journaliste engagé) remettre en question Robert Paxton, non pas parce que la critique est interdite, mais parce qu’aujourd’hui, n’importe qui prétend pouvoir rivaliser avec un historien ! Ce reproche s’adresse cependant à tout le monde politique et journalistique, quelle que soit sa couleur. Non, on ne peut pas s’improviser expert. Et jeter son avis sur la table comme s’il s’agissait d’une vérité « de bon sens ».

Par pitié, laissons la parole aux historiens, aux sociologues, aux économistes et surtout aux philosophes pour diriger notre pays, au risque de paraphraser Platon.

Il y a des gens qui savent de quoi ils parlent, qui ont fait des études, de la recherche. Et il y a beaucoup trop de personnages politiques. Sortir de l’ENA, posséder le CAPA ou s’être illustré dans un parti n’a jamais suffi à faire de vous quelqu’un capable d’avoir une position qui, elle, irait dans l’un des nombreux « bons sens ».

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