Culture - Editoriaux - Religion - Société - Table - 24 juin 2015

Épicerie aux horaires réservés : sommes-nous à Bordeaux ou en Arabie saoudite ?

Bordeaux, quartier Saint-Michel. Jusqu’au 22 juin, une épicerie récemment ouverte par des Français convertis à l’islam affichait des jours d’ouverture différents pour les « frères » et les « sœurs ». Pour le cogérant du magasin, cette mesure séparatiste est religieuse car elle « s’adresse vraiment à des musulmans pratiquants. Un homme ne veut pas se retrouver seul avec une femme. Une femme […] ne voudra pas se retrouver seule avec un homme […] surtout par respect si elle est mariée […] »

Pour Tareq Oubrou, le recteur de la mosquée de Bordeaux, membre de l’UOIF proche des Frères musulmans, « il y a des gens qui veulent être plus prophètes que le prophète », et par cette mesure séparatiste, les propriétaires engagent « toute une religion à travers une interprétation qui ne repose sur aucune culture herméneutique et théologique, c’est être dans les émotions, l’exotisme, et dans une pratique qui va dans le sens d’une sortie de la société […] Allez faire un petit tour dans le monde, et vous allez voir que les commerces sont mixtes. »

Eh bien, justement ! En Arabie saoudite – pour ne citer qu’elle -, reconnue pour sa pratique littérale de la loi islamique, depuis 2011, le chef de la police religieuse considérant que les vendeuses ne bénéficiaient pas d’une « atmosphère adéquate de travail », a étendu la ségrégation homme/femme précisément aux magasins, où une séparation d’au moins 160 cm de haut doit empêcher les deux sexes de se côtoyer.

Tareq Oubrou reprocherait donc à Soumaya, la propriétaire convertie, d’appliquer ni plus ni moins la charia ? « Jamais la religion musulmane n’a exigé de ses fidèles qu’ils cessent de se mélanger », dit-il, subtil. Parce qu’avant l’avènement de l’islam, les hommes et les femmes y étaient donc autorisés ?

Bien sûr, les horaires réservés aux musulmanes de certaines piscines, l’essor du tourisme halal, lequel introduit des espaces distincts entre les hommes et les femmes, le refus de certains élèves musulmans de s’attabler aux côtés de non-musulmans, des employés de la RATP ne serrant pas la main de leurs collègues féminines, tous ces coups de butoir à l’encontre de notre façon de vivre à la française sont une vue de l’esprit. D’ailleurs, à Tareq Oubrou, ça lui paraît « un peu bizarre dans un monde où la mixité est une culture établie » !

De son côté, Alain Juppé – qui n’a jamais trouvé à redire sur les faits ci-avant -, Juppé, qui est contre l’interdiction du port du voile à l’université, bref, un Juppé qui n’a pas jugé utile de lire le Coran s’est plu à « condamner fermement un comportement en totale contradiction avec les règles républicaines d’égalité et de mixité » !

Les créneaux réservés aux hommes et aux femmes de cette épicerie bordelaise interdits par la mairie de Bordeaux ? Et si, demain, ils rentraient dans les “accommodements raisonnables” dont est partisan Alain Juppé ?

À lire aussi

Le voyou et les deux ministres

On ne sait pas si les deux ministres ont envoyé la photo à Christophe Castaner et Marlène …