Faut-il bombarder les positions de l’ en Irak et en  ? L’annonce de ces frappes par , suivie de l’envoi du Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, a suscité instinctivement un mouvement d’adhésion à une décision tardive mais nécessaire. Pourtant, la question mérite d’être posée en termes de conséquences immédiates et de stratégie à moyen terme.

Les images des centaines de camions-citernes anéantis par l’aviation russe sont réjouissantes. Le pilonnage de colonnes militaires en plein désert ne pose aucune difficulté de principe ni de question morale. C’est la guerre, dans ce qu’elle a de plus classique et de plus sanguinaire, mal nécessaire à la destruction d’un ennemi impitoyable et déterminé. S’il ne s’agissait que de cela, le problème ne se poserait pas.

Mais l’État islamique se terre au milieu des villes et utilise la population comme bouclier humain. Il est illusoire de penser que nos aviateurs réussiront à détruire cette sans s’attaquer à ses refuges urbains. Nécessairement, leurs frappes toucheront les populations civiles, des femmes, des enfants, des vieillards, souvent innocents de crimes imputés à l’occupant. Ce que les Américains font sans état d’âme et nomment pudiquement “dommages collatéraux”, depuis l’ et le Japon jusqu’à l’Irak, en passant par le Vietnam et la Serbie, provoque des milliers de morts et des destructions considérables. Cette manière de procéder a beau être habituelle de leur part, elle génère une interrogation éthique incontournable.

D’aucuns diront « c’est la guerre » ou encore « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». C’est un peu court. Nous vivons une époque de médiatisation où chaque image frappe durement les imaginations, et notre ennemi use admirablement de l’arme mise à sa disposition par la communication instantanée via Internet. Nul doute que ces frappes contribueront fortement à soulever contre nous les populations que nous voulons libérer de cet enfer, et accroîtront le ressentiment qu’elles éprouvent déjà l’égard d’un Occident décadent qui, depuis des années, les a abandonnées à leur sort.

Existe-t-il une autre solution ? Lors de la prise d’otages du , des voix se sont élevées pour déplorer le délai d’intervention de la , alors que les terroristes tiraient dans la foule paniquée. Fallait-il foncer dans le tas et, au risque de tuer des spectateurs, neutraliser au plus vite les fous d’Allah ? Sans doute. Mais, à n’en pas douter, d’autres voix auraient alors dénoncé les bavures policières.

Le débat, limité à cette alternative, semble insoluble. La contradiction ne peut être résolue que par l’envoi de troupes au sol, ce que les gouvernants occidentaux se refusent pour l’instant à faire. Ainsi, ils se condamnent à ne bombarder que les camps isolés en plein désert, ou à atteindre gravement les populations locales. Le combat aérien est indispensable, et nul ne songe à en contester l’utilité. Il est néanmoins insuffisant, et nous ne remporterons la victoire contre ces fanatiques qu’à condition d’accepter cette étape supplémentaire. Au prix du sang : celui de nos soldats dont certains laisseront la vie dans la bataille.

Avons-nous le choix ? Pouvons-nous éviter cet engagement terrestre coûteux en vies humaines ? La question est politique au sens noble du terme. Elle implique un regard sur ce que sont devenues nos sociétés, incapables d’imaginer, 70 ans après 1945, qu’on puisse mourir pour sa patrie. Elle mérite d’être posée, au risque de cruelles désillusions.

20 novembre 2015

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