[ENTRETIEN] « La Nouvelle Droite apparaît à certains comme le plus sûr moyen de résistance à une modernité »

Mais "l’antichristianisme reste un marqueur fort de la Nouvelle Droite".
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L'Institut Iliade, Academia Christiana, La Nouvelle Revue d'Histoire, le GRECE, la revue Eléments... ces cercles, associations militantes et revues plongent, de près ou de loin, leurs racines dans l'idéologie dite de « la Nouvelle Droite ». Un mouvement de pensée passé au crible par Jean-Pierre Maugendre dans son ouvrage La Nouvelle Droite en question, publié récemment aux Éditions Via Romana. Cet ancien élève de l’École navale, directeur de l’association « Renaissance catholique », ancien président du MJCF (Mouvement de la jeunesse catholique de France), auteur de plusieurs livres - dont La Tragédie de l’Église au XXe (Éditions Contretemps) -, animateur de l'émission Terres de mission sur TV Libertés et collaborateur du Club des hommes en noir (chaîne de L’Homme nouveau), répond aux questions de BV.

 

Sabine de Villeroché. Qu’est-ce que la « Nouvelle Droite » ?

Jean-Pierre Maugendre. La « Nouvelle Droite » est un courant de pensée qui a émergé en France à la fin des années 60 et qui a connu son heure de gloire dans les années 70 lorsque Louis Pauwels, alors à la tête du Figaro Magazine, s’entoura de collaborateurs (Alain de Benoist, Patrice de Plunkett, Michel Marmin, Jean-Claude Valla) issus de cette famille d’esprit. Le navire amiral de cette flottille était alors le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne). Cet organisme se définit comme une société de pensée dont l’objectif est d’acquérir une influence sur la société afin d’y promouvoir un renouveau de la civilisation européenne. Il s’agit « d’étudier et analyser un certain nombre de thèses et de faits nouveaux […] noyés dans le fatras des derniers dogmatismes ». Des revues de qualité : Nouvelle École puis Éléments diffusent les thèses de la Nouvelle Droite qui ne retrouvera cependant jamais l’influence qu’elle avait acquise lorsqu’elle disposait, comme caisse de résonance, du Figaro Magazine, qui avait alors un tirage de plus de 400.000 exemplaires chaque semaine.

Les éléments majeurs du corpus intellectuel néo-droitier peuvent être ainsi résumés : refus de tout universalisme, croyance en l’évolution des espèces, promotion d’une « éthique du vivant » d’essence nietzschéenne, exaltation d’un héritage indo-européen - grec et nordique - qui aurait été corrompu par l’Orient, et en particulier le christianisme, appétence pour les théories gnostiques et ésotériques dans la filiation intellectuelle de René Guénon et Julius Evola, panthéisme assumé qui divinise la nature, culte de la vie, de la force et du corps.

 

S. d. V. Pourquoi consacrer un ouvrage à cette Nouvelle Droite, fallait-il rectifier des malentendus ?

J.-P. M. Ce courant intellectuel est un élément structurant de la pensée politique contemporaine. N’est-ce pas Jean-Chistophe Cambadélis, ancien Premier secrétaire du PS, qui déplorait, dans un entretien récent à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, « la victoire idéologique de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist autour des "3 I" (immigration, insécurité, identité) » ? C’est dire l’actualité de notre sujet.

Les idées de la Nouvelle Droite apparaissent à certains comme le plus sûr moyen de résistance à une modernité, dont l’échec est de plus en plus manifeste, marquée par l’individualisme, le matérialisme, le rejet de toute racine et héritage. Une jeunesse déshéritée et déracinée aspire à l’enracinement, la transcendance, la beauté, l’exigence, une vie communautaire. Elle appelle, en définitive, de ses vœux une vie qui ait du sens alors que disparaît, sous ses yeux, une civilisation plus que millénaire dont les mère patries furent Athènes, Rome et Jérusalem !

Si la Nouvelle Droite semble combler un certain nombre de ces aspirations, elle fait malheureusement l’impasse sur le christianisme et son apport décisif dans le cours de l’histoire de l’humanité, et particulièrement de la France. L’incarnation du Fils de Dieu reste le pivot de l’histoire du monde !

 

S. d. V. La Nouvelle Droite a‑t‑elle encore un rôle dans la recomposition des droites françaises qui se profile à l'aube des présidentielles ?

J.-P. M. La nouvelle Droite a joué un rôle important au Front national de 1984 à 1998. La tentative de prise de contrôle du FN par Bruno Mégret en 1998 étant tout autant un conflit de générations et de personnalités que le fruit de l’action organisée et coordonnée des équipes néo-droitistes. Il est un fait que le développement d’une immigration incontrôlée a contribué à populariser et banaliser des thèmes et des sujets qui avaient été longtemps la chasse gardée de la droite nationale et de la Nouvelle Droite.

Les thèmes chers à la Nouvelle Droite sont aujourd’hui dans l’air du temps : préférence nationale, dénonciation du fiscalisme et de l’assistanat, résistance au wokisme, etc. La dédiabolisation du Rassemblement national, menée par Marine Le Pen, a cependant entraîné l’éradication quasiment complète des éléments néo-droitiers présents en son sein. Ceux-ci estiment d’ailleurs, généralement, que Marine Le Pen est, en réalité, Jacques Chirac au féminin !

 

S. d. V. Y a-t-il antinomie entre ce courant né d’une philosophie antichrétienne - comme vous l'expliquez au fil des pages - et la pensée catholique ? Y voyez-vous un piège dans lequel pourraient tomber des jeunes en perte de repères et en quête d'identité ?

J.-P. M. La question de fond est que la vérité n’est pas le contraire de l’erreur. Ce n’est pas parce que « le Système » dénonce la Nouvelle Droite comme l’ennemi prioritaire que celui-ci, par le fait même, devient l’arche du salut. Des points de convergence existent incontestablement entre la Nouvelle Droite et la pensée catholique traditionnelle : résistance au wokisme et à l’islamisation de la France, volonté de renouer avec notre héritage national et européen, dénonciation de la Révolution française, refus de l’égalitarisme, sens du bien commun, exaltation des valeurs d’honneur, de fidélité, de courage, ouverture au beau et à la transcendance, etc.

Cependant, des divergences majeures persistent : l’antichristianisme reste un marqueur fort de la Nouvelle Droite ; l’homme y est auto-créateur et non créature ; le culte de la force et de la volonté de puissance apparaît bien éloigné de la simple morale naturelle et des vertus évangéliques de douceur, patience, pardon, attention aux faibles ; une forme de pansexualisme plus ou moins affirmé exalte une « santé érotique » difficilement compatible avec la morale conjugale enseignée par l’Église ; l’avortement est justifié pour des raisons eugéniques ; etc. Nous laisserons saint Augustin conclure, nous mettant en garde contre les erreurs qu’il avait tant chéries et qui l’avaient laissé insatisfait : « Vous nous avez fait pour vous, Ô mon Dieu, et notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose pas en vous ! »

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

10 commentaires

  1. ce qui est certain, c’est qu’un tel article ressemble plus à une prise de tête de gauchiste qu »à une analyse de nature à apporter quelques éclairages intéressants…..!!!!
    c’est incomprehensible

  2.  » résistance au wokisme et à l’islamisation de la France, volonté de renouer avec notre héritage national et européen, dénonciation de la Révolution française, refus de l’égalitarisme, sens du bien commun, exaltation des valeurs d’honneur, de fidélité, de courage, ouverture au beau et à la transcendance, etc.  » N’est-ce pas le socle de la France tel que souhaité par une majorité de français ? Des nuances seraient à apporter à cette définition mais fondamentalement c’est l’attente souhaitée. Un retour aux assises qui ont fait leurs preuves.

  3. La nouvelle droite, c’est la vraie droite. Celle qui se souvient des racines gauloises et gréco-romaine de la France. Se souvenir de ses premières racines non chrétiennes ce n’est pas forcément être contre le christianisme.

  4. La nouvelle droite commence à être ancienne. Il faudrait lui trouver un nouveau nom. Ou bien c’est comme le Pont neuf qui sera toujours neuf?

  5. La nouvelle droite est antichrétienne, contre l’amour du prochain notamment, ou simplement rejette des dogmes religieux qui vont contre la raison élémentaire,et préfère voir Dieu directement dans la Nature plutôt que par un clergé pétri de dogmes ?

  6. Il faudrait savoir : la nouvelle droite fait l’impasse sur le christianisme ou bien est antichrétienne ?
    La droite chrétienne doit s’allier à la gauche chrétienne et lutter contre la nouvelle droite ?

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