Entre Rome et Bruxelles, le cœur de Javier Milei bat pour la Ville éternelle

Avec son éloge de la civilisation occidentale, Milei a dû donner des sueurs froides aux Soros et autres Valérie Hayer.
© Samuel Martin
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« Si je devais choisir la capitale de l’Europe »… Interviewé par Darius Rochebin sur LCI le 21 septembre, Javier Milei a opposé deux capitales. « Si je devais choisir la capitale de l’Europe… Pour moi la capitale de l’Europe, ce n’est pas Bruxelles mais c’est Rome. » Bruxelles, on l’aura compris, représente l’Union européenne.

« Une mort lente et sans courage »

Une Union européenne devenue, au fil des ans et des traités, une entité supra-étatique, contrôlant chaque aspect de nos vies mais laissant entrer sans aucuns papiers des multitudes. Dans les années trente, l’intellectuel espagnol José Ortega y Gasset regrettait l’avènement de « l’homme-masse », « homme vidé au préalable de sa propre histoire, sans entrailles de passé ». Il appelait de ses vœux une forme politique européenne pour y remédier. Ne lui en déplaise, l’UE aura précisément contribué à développer ce qu’il déplorait, ce « type d'homme hâtivement bâti, monté sur quelques pauvres abstractions et qui pour cela se retrouve identique d'un bout à l'autre de l’Europe » (La Révolte des masses, « préface pour le lecteur français », 1937).

Aussi souscrit-on à la position de Javier Milei pour qui Bruxelles « incarne la décadence de l’Europe. Elle incarne la vision du wokisme. La vision de l’État-providence, le long chemin vers le socialisme. C’est une mort pleine de souffrances, lente et sans courage. » Voilà, vu d’outre-Atlantique et sans se payer de mots, un aspect cru de notre agonie continentale. À Bruxelles, Milei oppose la Ville éternelle. « La capitale de l’Europe, c’est Rome, de par l’Histoire. » Il rejoint Giorgia Meloni qui, en 2019, avait émis le souhait que Rome devienne la capitale de l’UE : « La capitale de l'Union européenne doit être le lieu le plus représentatif de sa tradition millénaire, et non l'endroit le plus commode pour y installer des bureaux. »

« La base de la civilisation »

Certes, Rome, aussi, connut la décadence. Les piètres empereurs, l’administration étouffante du Bas-Empire, la perte du contrôle des frontières… Mais cette décadence ressemble beaucoup à l’état normal de l’Union européenne. Ce n’était qu’un moment de la longue histoire de Rome qui allait passer le relais de la civilisation au christianisme. Charles Péguy a chanté avec force ce mystère du Christ qui « allait hériter de la Rome de brique./Il allait hériter de la Rome de marbre. » Et du monde entier, aussi bien, puisque – pour citer un autre poète, Joachim du Bellay – « Ainsi le monde on peut sur Rome compasser,/Puisque le plan de Rome est la carte du monde ».

Au-delà de Rome, continue Milei, « c’est quoi, l’Occident ? L’Occident, au fond, c’est la philosophie grecque, le droit romain – la base de la civilisation. » À quoi il ajoute ses adhésions personnelles : les stoïciens et les valeurs judéo-chrétiennes. Javier Milei y voit les conditions du capitalisme et de la libre entreprise qui ont mené « à la croissance, à la prospérité ». Cette vision utilitariste est réductrice, excessive, mais est justifiée par la tâche à laquelle s’est livré le président argentin : relever une économie exsangue et pourrie dans ses fondements.

Qu’il s’agisse de Milei ou de J.D. Vance, il est bon de voir des Américains du Sud et du Nord se souvenir et se soucier de leurs lointaines racines. Il est encore mieux qu’ils nous les rappellent, à nous qui n’avons que trop tendance à les oublier. On peut cependant se demander si ce n’est pas plus mal que l’UE ne siège pas à Rome. Elle parasite le prestige de la civilisation européenne, ses paladins bureaucrates se remettent le Prix Charlemagne – alors imaginez, rejouant le geai paré des plumes du paon, l’UE parée des lauriers romains… Non, puisqu’on est dans les symboles, autant que l’UE reste à Bruxelles.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 24/09/2026 à 21:09.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Nous assistons à un retour aux sources. Il est bien dommage que ces rappels ne viennent pas d’Europe. Mais il est vrai qu’ici, ceux qui ont des propos, voire des pensées contraires aux paroles de ceux qui décident sont muselés voire se voient retiré leur droits de citoyens. Merci à Boulevard Voltaire et à tous les médias libres de distiller une parole plurielle et libre.

  2. « Une Union européenne devenue, au fil des ans et des traités, une entité supra-étatique, contrôlant chaque aspect de nos vies mais laissant entrer sans aucun papier des multitudes.  »
    Quand je dis que la France est morte! Si vous y croyez, aux urnes citoyens !

  3. Notre Dame à La Salette a dit : « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist ».
    Il ne serait donc pas totalement illogique que Rome deviennent la capitale de l’UE.

  4. Surtout pas Rome qui serait salie par cela. Cette ville c’est la vie, les honneurs, l’histoire. Bruxelles c’est la mort de nos nations, la mise en esclavage sournoisement de nos peuples.

  5. C’est très bien vue, dans l’esprit des européens a mon avis très peu voient dans Bruxelles la représentativité Européenne et faut il se souvenir que l’empire Romain a fait l’Europe.

    • « faut il se souvenir que l’empire Romain a fait l’Europe. » ??? Ls nations européennes se sont construites à partir des dépouilles de l’empire romain, soigneusement saccagé par ses derniers empereurs, notamment Caracalla qui octroya la citoyenneté romaine à tous ceux qui la demandaient, et surtout Thèodose qui décréta le christianisme religion d’Etat et ordonna la destruction de tous les vestiges gréco-romains. Heureusement des esprits plus évolués en dissimulèrent dans des îlôts déserts, notamment une Vénus à Milo et une Victoire à Samothrace.

  6. Cela mérite réflexion. Bruxelles devenant un califat, est-il possibled’y maintenir les instances de l’Union EUROPÉENNE ?

  7. Heureusement que la gauche ne connaît que le béton armé, sinon elle aurait démoli châteaux et églises pour bâtir des HLM.

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