C’est souvent dans l’allégresse des vacances que naissent les enfers et sous les soleils de plomb que fleurissent les drames. Nous étions le 10 juillet 1982, près du lac de Constance, en , et dans la douce langueur d’un matin d’été, l’on retrouva l’enfant inanimée ; froide dépouille ingénue gisant dans des draps encore tièdes ; gracieux visage figé dans l’éternel printemps d’une jeunesse à peine ébauchée. Kalinka avait 14 ans et des cheveux blonds comme les blés.

Peu l’ignorent : tout concordait à porter le soupçon sur son beau-père, Dieter Krombach, dont le futur sera constellé d’accusations nombreuses et de condamnations multiples pour des affaires de viol et d’escroquerie. Kalinka est morte d’insolation, disait-il. Morte d’asphyxie, étouffée par ses vomissements, pensaient les médecins.

Les hypothèses abondent mais les certitudes manquent. A cet égard, le parquet de Kempten classe l’affaire le mois suivant tandis que l’enquête s’ouvre en France.

Le cheminement judiciaire initié par André Bamberski, le père de Kalinka, sera miné de décevantes autopsies et de frustes incompétences empêchant de voir aboutir la thèse du viol. Et c’est pour un homicide involontaire que la Cour d’Assises condamnera Dieter Krombach, absent, par contumace en 1995.

Après des années de deuil contrariées par l’incertitude et l’injustice, de combats sans trêve et de tourments sans fin, André Bamberski fera enlever Dieter Krombach pour le livrer de force à la justice de France, sur ces terres où l’ aura refusé des années durant de l’extrader.

Dieter Krombach sera jugé et condamné en 2011, et son procès en appel s’est ouvert ce mercredi 28 novembre. « Illégal » selon ses avocats, qui arguent qu’un procès en assises ne peut-être le fruit d’un acte criminel, alors qu’André Bamberski est mis en examen pour enlèvement.

Comme Albert Camus disait préférer sa mère à la justice, André Bamberski lui préfère sa fille, laissant le souvenir vivace et lancinant de Kalinka triompher des lois éphémères et imparfaites des hommes.

Là où faillit la justice terrestre s’érige la désobéissance, et si nulle vengeance n’est féconde, nul ne peut prétendre juger celui dont le chagrin et la colère agitent la bourrasque chaque jour que la vie fait.

A l’illégitime justice des hommes, l’on est libre de préférer la sienne ou de s’en remettre aux cieux.

76 vues

29 novembre 2012

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • Les liens sont interdits.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement !

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.