Il lui fallait quelque chose qui soit à la hauteur de sa surface politique. Un truc qui grave définitivement son nom en grand dans les tables de marbre de la République. Il ne sera jamais président de cette République – il a sans doute dû se rendre à l’évidence : avec le temps, va, tout s’en va -, alors, au fond, ce sera beaucoup mieux : il participera à la refondation de la République ! Parce qu’Emmanuel Macron souhaite la refonder après avoir contribué durant cinq ans à la déglinguer un peu plus.

Il ? C’est , le chewing-gum de la vie politique française, l’oracle des matinales radiophoniques, le maître étalon du centrisme à la française. Emmanuel Macron va donc lui confier cette mission historique qui le fera entrer vivant dans l’album des images d’Épinal, au même titre que le ballon de Gambetta et les congés payés de Léon Blum : le secrétariat général du . Rien que ça. Mais pourquoi « que » le secrétariat général ? Car on imagine que la présidence de ce machin reviendra à son inventeur, c’est-à-dire à Emmanuel Macron. Après tout, des présidents, il y en a des wagons, en France : du président des joyeux boulistes d’Esculasse-le-Branlou à celui de la République. Tandis que les secrétaires généraux, eux, courent moins les rues. « Secrétaire général du CNR » (n’ayons surtout pas honte d’emprunter cette abréviation au CNR de la grande Histoire) : un titre qui finira de ciseler l’image de faux modeste du maire de Pau. Le secrétaire général, c’est l’artisan, celui qui s’y colle, qui anime, qui fait. Qui dit aussi, et pour ça, on peut faire confiance à François Bayrou. N’ayons pas peur des mots : avec cette nomination, toutes proportions gardées, Bayrou devient en quelque sorte le Jean Moulin d’Emmanuel Macron. Il est vrai que ce dernier, durant son premier mandat, ne s’est pas gêné pour s’approprier la croix de Lorraine de De Gaulle. Donc, autant y aller franco dans la captation d’héritage.

Mais, au fait, ce Conseil national de la refondation, version Macron, c’est quoi, au juste ?

Retour en arrière. Nous sommes à quelques jours du premier tour des élections législatives. Emmanuel Macron donne un long entretien à la presse régionale, histoire d’essayer de recoller au terrain, sentant bien qu’il était en train de perdre la main. C’est dans cette interview qu’il avait notamment lâché : « Le projet de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, c’est le désordre et la soumission. » Passons. On sortait de la campagne présidentielle et Emmanuel Macron promettait une « nouvelle méthode de travail ». Bref, on n’allait pas refaire les mêmes erreurs, on allait en commettre d’autres… Et c’est là, que le chef de l’État balança son joker, son truc qui crac boum hue et allait faire tomber les tables à la renverse : « J’ai porté cinq objectifs pendant la campagne : l’indépendance (industrielle, militaire, alimentaire…), le plein-emploi, la neutralité carbone, les services publics pour l’égalité des chances et la renaissance démocratique avec la réforme institutionnelle. » Et pour ce faire : « Je veux réunir un Conseil national de la refondation, avec les forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et de citoyens tirés au sort. » Une sorte de mix de grand débat et de convention citoyenne pour le climat. Il fallait oser : vouloir refourguer ça aux Français alors qu’ils étaient appelés à élire leurs députés qui, rappelons-le, sont tout de même l’expression de la souveraineté nationale ! On a décidément un problème quasi pathologique avec la démocratie en Macronie.

Il n’est donc pas étonnant alors que ce CNR, qui sera installé le 8 septembre prochain, soit boudé par la plupart des forces politiques d’opposition (NUPES, RN, LR). Du côté des syndicats, on est aussi plus que réservé. Certes, les organisations syndicales, à l'exception de la CGT, participeront mais elles sont plutôt dubitatives et y voient surtout un coup de com’. « Ça fleure bon l’escroquerie », a même osé, sur franceinfo, François Hommeril, président de la CFE-CGC ! Ça promet… Mais entre les chaises vides de ce CNR 2.0, arrivera bien à y caler son fauteuil de secrétaire général.

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2 septembre 2022

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31 commentaires

  1. Sors d’ici Emmanuel Macron, avec ton terrible cortège !!

    Bayrou en fait partie.

    Aucun des deux n’entrera au Panthéon.

  2. Qu’il s’occupe d’abord du Commissariat au Plan. Je suis sûr qu’il déjà oublié… Manque de Pau…

  3. Pathétique le Bayrou ! Mais le personnage est malin . Après ses émoluments + autres avantages en tant que ‘’ Haut Commissaire au plan ´´ (qui a entendu parler des résultats de ses ‘’travaux ‘’ ? ), le voilà Président Rémunéré d’un comité bidon macronien de plus (ou il risque d’être tout seul ). Avec Macron c’est la République des fromages

  4. Le félon du Béarn est une foi de plus à sa place préférée. Celle d’un TRUC qui ne servira à rien mais qui le placera dans l’histoire en bien ou en mal peu importe mais il y sera.

  5. La cinquième République repose sur deux piliers : le suffrage universel et le référendum.
    Hors, le suffrage universel est totalement influencé depuis 2015 et il n’y a pas eu de référendum national depuis bientôt 18 ans, les deux derniers ayant de toute façon été trahis (constitution européenne et aéroport NDDL).
    Les français ont fait des manifestations d’une proportion inédite pour réclamer plus de référendum et malgré tout, Macron continue avec ses magouilles anti-republicainaines.

  6. Macron prend un risque terrible. Bayrou est âgé, certes, mais il se pourrait aussi qu’il soit honnête, même si ses idées sont assez neutres. Il se pourrait bien qu’il n’accepte pas les buts cachés de ce fameux Conseil National de la Refondation. Il faudra plus que les honneurs dispensés à madame Renaud pour le décider. Il est sensible aux honneurs certes, mais personne ne saurait douter de son patriotisme et de son bon sens : une valeur illustrée par sa gifle, dispensée naguère à un gamin mal élevé. Que Macron se méfie de ce genre de réaction réflexe !

    1. « Bayrou est âgé, certes, mais il se pourrait aussi qu’il soit honnête, » J’ose espérer que c’est du 2è degré (voire du 20è).

      1. Dans la classe politique, je me suis toujours demandé s’il y avait des gens honnêtes. Quant à Bayrou, il y a longtemps que je ne me pose plus la question.

  7. Entre les conseils de défense en tous genres pour garder le secret des délibérations et les citoyens tirés au sort pour remplacer les députés élus, la démocratie tourne à fond.

  8. Bayrou est le type même du politique, je dirai même le « mètre étalon ». Combien de milliers de bayrou en France ?
    Il fonctionnent tous « au doigt mouillé », toujours dans le sens de leurs intérêts ! Combien de retournement de veste pour la très grande majorité, comme la chanson de Dutronc. Ils passent d’un parti à l’autre suivant le vent , du trotskisme à la médecine douce, de droite à gauche, et inversement, quoique la limite à toujours été très floue entre ces deux partis qui peuvent se fondre en un seul.
    Donc rien de neuf sous le soleil de France.
    Quand au « secrétaire général » il y en a d’autres bien connus au PS au Pc pour ne citer que les meilleurs !

    1. Eh non!rien de nouveau,Méhaignerie jadis( et son parti le c.d.s),avec une certaine subtilité faisait pour ainsi dire ,de meme!!!!

  9. C’est incroyable que macron ne sache s’entourer que de casseroles. J’en conviens, dans ce cas il s’agit d’un grand faitout, mais redresser ce pays en passant par la cuisine semble perdu d’avance.

  10. Ma grand mère avait un truc : économe, elle réalisait ce qu’elle appelait des salades « fouzitou ». Pour ne pas jeter, elle accommodait les restes, les vieux rogatons, elle les enrobait de sauces aux aromates parfumées. Pour ne pas lui faire de peine, nous faisions semblant de trouver ça délicieux…

    C’est la méthode Macron. On prend tout ce qu’on peut trouver de « laissés pour compte », de perdants aux élections, de « has been », on en fait un énième comité Théodule au nom ronflant et on sert ça aux Francais en les assurant que c’est le « plat de l’année ».

    Question : les Français seront-t-ils aussi sympa que nous l’étions en avalant ce nouveau plat sans rien dire ? On peut comprendre que certains se refusent à tomber dans la marmite.

    1. Ils ont voté pour lui. Même ceux qui ne l´ont pas fait n´auraient pas imaginé que sa réélection mènerait à tant de n´importe quoi !

  11. Pauvre Bayrou il doit souffrir du dos à force de plier l’échine et sans doute de l’estomac à force de manger dans tous les râteliers .mais c’est vrai le ridicule ne tue pas ..

  12. Ce politicard aura déciment mangé à tous les râteliers ! Aucun honneur, aucune constance dans ses valeurs …
    Je suis certaine qu’il choisit avec beaucoup plus de soin les râteliers auxquels ils invite ses chevaux de luxe à venir s’alimenter …. Mais peut-être que ces animaux méritent plus de respect que certains politicards professionnels ?

  13. Chez nous au Pays Basque, on appelle Bayrou l’âne du Béarn, un raté qui n’ayant jamais été élu président de la république, en veut à la terre entière et a depuis 30 ans tout fait pour saboter la politique de la Nation, ce type est à mettre aux oubliettes.

  14. La démocratie est bafouée depuis l’arrivée de ce trublions aux affaires. Il est entouré des traîtres des autres partis . Il existe une assemblée nationale et un sénat c’est à eux de prendre les décisions et on a un quelconque groupe ‘on élu sorti par miracle d’un tiroir.

  15. Et après cela on ose encore demander aux Français de se serrer la ceinture ! la ceinture devrait servir à autre chose comme dans des années largement passées à fouetter les responsables de cette situation. Mais hélas ils sont tellement nombreux qu’une ceinture ne suffirait pas et comme on en fabrique que très peu en France le problème reste entier

  16. Une refondation? Pour cela il aurait fallu démolir la France , signer des accords d’Evian, faire un regroupement familial, ou bien régulariser d’éventuels sans-papiers clandestins, élire un quarteron de mauvais présidents ou encore se soumettre à Bruxelles, démolir notre outil de production et que sais je encore. Non, bien sûr, alors ce doit être encore un truc pour aller chercher le fond qu’on n’aurait pas encore atteint.

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