Culture - Discours - Editoriaux - Religion - 15 mars 2017

Entre le compas et le croissant, l’alliance est-elle possible ?

La franc-maçonnerie, pour ceux qui – comme moi – n’en sont pas, véhicule un lot de fantasmes que se plaisent à relayer, souvent en les amplifiant, les complotantes – dont je ne suis pas – en tous genres. Le secret propre aux loges en fait des lieux attisant une curiosité souvent vague. Il se dit, pourtant, que de grandes lois sociétales, qui ont détricoté nos manières de vivre, ont été décidées en leur sein.
 
Autrefois vénérable maître, l’avocat en droit des affaires Philippe Liénard vient de publier Regards sur la franc-maçonnerie et l’islam et parcourt les plateaux pour en assurer la promotion, avec une question lancinante : le compas et le croissant peuvent-ils s’entendre ?
 
Comme souvent, il est étonnant que des adversaires de l’Église catholique – celle-ci publia une première bulle pontificale contre la franc-maçonnerie dès 1738 – se posent la question de ses liens avec une religion « d’ailleurs » – l’islam, en l’occurrence.
 
Du côté franc-maçon, si on nuance souvent, avec mauvaise foi, l’aversion pour la religion catholique, on semble prêt à ouvrir les bras aux musulmans. Pour Philippe Liénard, qui considère l’islam comme une religion de paix, “être de culture ou de croyance musulmane n’est pas un obstacle pour devenir franc-maçon. La difficulté consiste à trouver en soi-même un équilibre entre les dogmes islamiques et la liberté de pensée.” 
 
Si une religion est avant tout ce qu’en font ses adeptes, l’islam offre assez peu de champ à la liberté de pensée, et encore moins à l’interprétation de textes qui sont le verbe incréé de Dieu. À cette aune, il est intellectuellement très difficile de faire mariner les valeurs maçonniques et les préceptes islamiques, même si, historiquement, des rapprochements eurent lieu, notamment quand les Anglais intégrèrent des musulmans dans certaines loges.
 
Plus pragmatique, Chemsi Cheref-Khan, franc-maçon et musulman, homme avec lequel il est toujours délicieux de converser, nuance. Dans une interview accordée à La Libre Belgique, en mai 2015, il pointe les maçons de gauche qui “ont vis-à-vis des musulmans une attitude de compréhension, car ils voient en eux avant tout des classes sociales défavorisées” et qui, “au nom de cette tolérance et du respect de la diversité […] vont jusqu’à accepter un discours en faveur de ce que l’on appelle les accommodements religieux”
 
La volonté sous-jacente des francs-maçons serait, dans une démarche très intrusive, d’aider l’islam à évoluer et à s’adapter à la modernité occidentale. Sans surprise, Philippe Liénard, qui cherchait un auteur musulman pour cosigner son ouvrage, essuya refus sur refus.
 
Les francs-maçons se disent aujourd’hui menacés par les djihadistes. Pour les musulmans, les loges, qui leur tendent les bras, sont assimilées au monde occidental qui est – en témoignent les sondages – de plus en plus rejeté. Selon une enquête récente, 29 % des musulmans estiment les lois de l’islam au-dessus des lois belges. Sans compter les 11 % qui ont un avis, sur le sujet, “mitigé”.

À lire aussi

Le coronavirus n’est pas Verdun

L'affirmer ne sert qu'à nous glorifier à peu de frais et à donner une allure de chefs de g…