« Comment peut-on tolérer cela ? » ou bien « Je croyais que l’école était obligatoire, en France ! », ou encore « C’est insupportable, il n’y a donc plus de services sociaux dans ce pays ! »

Voilà trois remarques entendues quotidiennement, à Paris et sans doute dans bien des villes de notre beau pays. Des remarques qui jaillissent dans la bouche de passants indignés devant tant de gamins en haillons, nourrissons transformés en appâts pour la mendicité puis en voleurs des rues dès qu’ils savent marcher. Des gosses qui grandissent dans la pénombre empuantie des couloirs du métro, sans apprendre à jouer, à courir, à rire, sans apprendre à lire mais sans doute à compter.

« Depuis plusieurs siècles, Paris et ses environs étaient infestés d’une foule de vagabonds et de pauvres. La plupart, gens sans aveu, mendiants de profession, tenaient leurs quartiers généraux dans les cours des miracles », écrivait Victor Hugo au début du XIXe siècle. Au fond, rien n’a changé, sauf peut-être l’origine des mendiants, et peut-être leur âge.

L’image choque les étrangers pour qui la France offre de plus en plus souvent l’image d’un pays du tiers-monde. Et pas seulement l’image, si l’on en croit l’Unicef dont le rapport remis aujourd’hui au Comité des droits de l’enfant de l’ONU révèle une sinistre vérité : entre 2008 et 2012, en France, 440.000 enfants sont tombés dans la pauvreté.

« Le pays compte aujourd’hui trois millions d’enfants pauvres, soit un enfant sur cinq. Plus de 30.000 d’entre eux se retrouvent sans domicile, 9.000 vivent dans des bidonvilles et 140.000 élèves décrochent du système scolaire chaque année », dit ce rapport. Et même si ces chiffres recouvrent des problématiques diverses (la pauvreté n’est pas seule responsable du décrochage scolaire, loin s’en faut !), ils témoignent d’une véritable incurie et d’une hypocrisie savamment entretenue dans les hautes sphères.

Les gouvernants de la France, en effet, de quelque bord qu’ils soient, ne cessent de donner des leçons. Ils se gargarisent depuis deux siècles et demi avec les droits de l’homme, expliquant qu’il n’existe nulle part ailleurs meilleure politique sociale et de santé que la nôtre, que la France écrase le monde par sa culture et son bon goût et illumine de ses feux l’obscurantisme et l’obscurité où ses voisins avancent à tâtons. Moyennant quoi nous ramons en queue de peloton dans les classements scolaires, voyons chaque année l’illettrisme progresser du primaire au collège (et plus si affinités), et voilà maintenant qu’il nous faut accepter cette évidence : un enfant sur cinq dans ce pays vit sous le seuil de pauvreté, l’école (qui refuse toute promotion au mérite !) est plus inégalitaire que jamais.

« En dépit d’efforts considérables (…), la France échoue en partie à l’égard de l’enfance et de la jeunesse et ce sont les plus fragilisés par la pauvreté, l’exclusion sociale, les discriminations, mais aussi par cette période si particulière qu’est l’adolescence, qui en payent le plus lourd tribut », écrit Mme Barzach (s’agit-il de l’ex-ministre de la Santé ?) dans ce rapport, dénonçant notamment « la situation inacceptable des enfants migrants non accompagnés et/ou vivant en bidonvilles ». Pauvres gosses qui semblent n’avoir comme voie « d’intégration » que la mendicité plus haut décrite !

Hélas, comme dit Madame Barzach, nous faisons pourtant des « efforts considérables ». En pure perte à l’évidence. Autrement dit, nous menons des politiques aussi coûteuses qu’aberrantes.

10 juin 2015

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