La Belle Alliance populaire tant vantée par Jean-Christophe Cambadélis aura accouché d’une souris. Le Parti socialiste moderne, créé à l’occasion du fameux congrès d’Épinay de 1971, est mourant. Si la participation exacte n’est toujours pas connue ce lundi matin, elle reste de toute façon en deçà des espérances et du relatif engouement qu’avait pu faire naître l’élection primaire de la droite.

Au vu des résultats, il semblerait que le Parti socialiste soit en train d’opérer une mue déjà vue ailleurs. Au Royaume-Uni, l’accession de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste avait accéléré l’ascension d’une troisième gauche, concentrée sur l’électorat immigré et les enjeux sociaux. Le Labour blairiste disparaît petit à petit, relégué au rang de souvenir glorieux de la social-démocratie triomphante, d’avant la crise des subprimes. En sera-t-il de même pour le socialisme vallsiste ? Le monde change. La gauche change. Elle n’en recueillera pas les fruits aujourd’hui. Mais demain, elle pourrait se réveiller à la faveur du basculement démographique. Il faudra faire vite… Concentrons-nous sur le présent : quels enseignements tirer de ce premier tour ?

– Avec tout juste 18 % des suffrages exprimés, Arnaud Montebourg est le grand perdant. En cause, une campagne calamiteuse, parfois contre-nature. Très mauvais lors des débats, le Nivernais a voulu se rendre « présidentiable » et « sérieux ». Grosse erreur car il y a perdu en chemin ce qui faisait le sel de sa personnalité. Sa candidature n’a pas fédéré les frondeurs et autres opposants à la ligne sociale-libérale de Manuel Valls. Décidément peu rancunier, Arnaud Montebourg, qui avait été chassé du courant Nouveau Monde par Benoît Hamon himself, a pourtant déclaré qu’il comptait voter pour ce dernier au second tour… Il faut avoir le cœur bien accroché pour être socialiste. Arnaud Montebourg ne sera donc jamais président de la République. Preuve, aussi, que les idées protectionnistes et la critique de l’ ne mobilisent pas le noyau dur du parti, de plus en plus « sociétaliste ».

– Arrivé second avec un peu plus de 31 % des suffrages exprimés, Manuel Valls est en fâcheuse posture. Il pourra en vouloir à François Hollande qui ne l’a pas aidé. Candidat le plus expérimenté, doté d’une forte personnalité, il portait aussi le fardeau du bilan du quinquennat. En outre, ses orientations ne répondent pas à l’inconscient de gauche. Il est fort probable que le socialisme « vivrensembliste » se dresse comme un seul homme pour faire chuter l’ancien Premier ministre. Allié, pour l’occasion, à des officines comme le Collectif contre l’islamophobie en France ou le Parti des indigènes de la République, ce petit marigot hait profondément Manuel Valls.

– Avec son programme délirant et sa bouille sympathique, Benoît Hamon peut déjà s’imaginer premier secrétaire du Parti socialiste après l’élection présidentielle de mai. Homme d’appareil et de réseaux, formé à la rude école du MJS (Mouvement des jeunes socialistes), le Breton est la surprise du chef. Benoît Hamon promet de raser gratis en défendant l’idée d’un revenu universel qui ne soit pas conditionné à l’âge ou à la nationalité. Par ailleurs, ce revenu universel ne viendrait pas en remplacement des aides sociales. L’homme est aussi un partisan forcené de l’immigration de masse et du « multikulti », regrettant le trop grand nombre de personnes blanches lors d’un déplacement à Brest ou défendant le port de la burka de bain cet été.

Le candidat Hamon arrangerait certainement les affaires du jeune premier . Seul sur le créneau social-libéral, il pourrait gagner quelques électeurs de Manuel Valls. Sur l’essentiel, il sera cependant probablement d’accord avec Benoît Hamon. Lui aussi est gagné à la gauche culturelle, « progressiste » dans le mauvais sens du terme et en guerre contre notre identité historique. De son côté, Jean-Luc Mélenchon pourrait souffrir. Benoît Hamon est un socialiste qui coche les cases plaisant à l’électorat de l’ersatz franchouillard du Líder Máximo. Bref, la gauche est écartelée.

On peut penser que le candidat socialiste finira cinquième. Les chances pour qu’il soit au second tour sont infimes. Ce qui s’est joué hier soir concerne principalement la gauche et son navire amiral. Les observateurs ne s’y sont pas trompés : nous avions beaucoup plus l’impression d’assister à l’élection du futur premier secrétaire qu’à celle d’un futur chef d’État…

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