Si les candidats de la primaire de la gauche, dans le débat de dimanche soir, ont souvent pris leurs distances avec le bilan de François Hollande, il est un domaine dont tous assument l’héritage : l’enseignement. Que Vincent Peillon, le père de la loi de refondation de l’école, déclare qu’« [il] pense que jamais autant n’a été fait pour l’école de la République et que tout le monde le reconnaît » n’est pas étonnant. Ni que son successeur éphémère, Benoît Hamon, affirme que « beaucoup a été fait ; le bilan est positif ». Mais le plus convaincant, c’est Manuel Valls, qui assure que « si la gauche doit s’identifier à quelque chose, c’est l’école ».

L’ex-Premier ministre a tout à fait raison : la gauche s’identifie bien à l’école, c’est-à-dire à l’échec. Quant à Vincent Peillon, resté trop longtemps éloigné des affaires, il semble ignorer que sa loi et ses rejetons, comme la réforme du collège, suscitent une opposition quasi unanime, à l’exception des gourous idéologiques et pédagogiques qui l’ont inspirée.

Impossible de rappeler, en quelques lignes, toutes les mesures de ce gouvernement, néfastes pour l’enseignement. Bornons-nous à citer les nouveaux rythmes scolaires, la réforme du collège, la réduction des heures disciplinaires, la suppression de nombreuses classes bilangues, les coups portés aux langues anciennes et aux langues vivantes comme l’allemand, l’italien et bien d’autres encore…

Faut-il y ajouter le malaise des professeurs, de plus en plus nombreux à démissionner ou à chercher une reconversion ? Les ESPE, censées corriger les défauts des IUFM, qui n’ont fait que les propager ?

Pour une fois, on ne peut reprocher à la gauche son manque de cohérence. Toute cette politique découle d’un même principe : sous prétexte de lutter contre les inégalités, on nivelle pour gommer les différences. C’est vrai pour les connaissances, pour la notation, pour la suppression du redoublement, pour les examens, pour les programmes. Et on en rajoute !

Voyez Vincent Peillon, qui revient sur son idée d’un bac –3/+3. Si, encore, il s’agissait d’améliorer la transition entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, en consolidant les savoirs et les méthodes, afin que les étudiants arrivent mieux armés en licence ! Mais non ! Il s’agit de créer un cycle élargi, comme sa réforme l’a introduit dans l’enseignement secondaire, pour que les plus faibles puissent continuer d’apprendre à l’université ce qu’ils n’ont pas acquis au lycée.

C’est l’éternelle fuite en avant qui, depuis des décennies, simule le progrès : le collège comble les lacunes accumulées à l’école primaire, le lycée celles du collège, l’université celles du lycée. Après le brevet pour tous, après le bac pour tous, la licence, le master pour tous ! Tout comme la planche à billets provoque de l’inflation, la planche à diplômes ne peut aboutir qu’à leur dévalorisation. Au détriment des plus défavorisés !

Alors, oui ! En ne remettant pas en cause la politique du quinquennat en matière d’enseignement, les candidats s’embourbent dans la vase de leur idéologie. On ne sait encore lequel sortira vainqueur pour représenter la « Belle Alliance populaire ». Mais il est certain qu’il portera ce boulet qui, quelles que soient ses autres propositions, le fera couler irrémédiablement.

Beaucoup d’électeurs attentifs aux questions d’enseignement se tourneront, à gauche, vers Jean-Luc Mélenchon ou des candidats d’extrême gauche – qui ont compris que seul le savoir affranchit ; à droite, vers ou Marine Le Pen. Car, dans ce domaine, François Fillon hérite aussi d’un lourd passif.

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