Soyons justes, on peut détester le style Canal+, mais la série Engrenages diffusée par la chaîne câblée depuis décembre 2005 (la saison 5 vient tout juste de démarrer) est une réussite totale. Scénario, dialogues, interprétation, mise en scène et montage, tout est impeccable. La trame : des crimes particulièrement barbares en fil rouge et quelques délits mineurs qui gravitent autour. Le décor : en alternance un commissariat de police, le palais de de l’île de la Cité, Paris et sa banlieue. Les personnages clés : une formidable équipe d’enquêteurs, un juge d’instruction très vieille école, un couple d’avocats aussi séduisants que dissemblables, des personnages secondaires (le procureur, le médecin légiste, la greffière…) plus vrais que nature. Le tout sans voyeurisme, mais avec un réalisme saisissant jusque dans les moindres petits détails (cf. la grossesse non désirée du personnage principal).

Au terme des quelque quarante épisodes déjà diffusés (55 minutes chacun), trois grands thèmes en rapport avec la société française d’aujourd’hui, d’ailleurs très régulièrement traités sur Boulevard Voltaire, reviennent de manière récurrente.

La d’abord, insoutenable dans les scènes de crime comme celle du barbecue (un homme est brûlé vif enfermé dans le coffre d’un véhicule), quotidienne dans les cités, presque banalisée dans les conversations les plus anodines y compris entre les policiers. La violence et l’argent ensuite, inséparables frères siamois, ici par cupidité, là par nécessité. Même nos avocats n’y échappent pas. En contraste, la courtoisie du juge d’instruction, son sang froid, son sens du devoir, qui devraient être la norme dans un monde civilisé, apparaissent comme décalés. L’époque est rude.

Contrairement à la plupart des œuvres de fiction, l’idée magistrale des scénaristes a été de poursuivre l’intrigue jusqu’au tribunal. Garde à vue, convocation devant le juge, détention provisoire ou remise en conditionnelle, perquisitions, réquisitoires supplétifs, toutes les étapes de la machinerie judiciaire s’enchaînent comme dans un manuel de droit. La loi française change, qu’à cela ne tienne : les scénaristes font intervenir les avocats dès le début de la garde à vue au beau milieu de la saison 4, d’où cette réflexion : le fait qu’un avocat puisse dicter à son client, avant même de connaître son dossier, ce qu’il faut dire ou ne pas dire aux policiers, quitte à mentir, sert-il la justice ?

La France black et beur enfin, omniprésente, n’y est pas idéalisée. Les malfrats sont de toutes origines et de toutes les couches sociales, jusqu’aux marches du pouvoir politique. Les monstres, les barbares peuvent être, dans Engrenages, blacks, beurs et même homos. Un comble pour une série diffusée par la chaîne la plus politiquement correcte du paysage audiovisuel français.

La première saison de la série est en diffusion libre sur la chaîne Youtube. Les amateurs du qui ne connaissent pas peuvent sans frais y goûter : Engrenages, c’est de la belle ouvrage.

22 novembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.