Editoriaux - Radio - Table - 8 mars 2016

Encore un effort, Jean-Marc Ayrault, pour devenir un vrai ministre des Affaires étrangères !

Parler à la radio est un exercice difficile : on n’a pas le droit à l’erreur ! , ministre des Affaires étrangères, s’y est essayé à nouveau sur France Inter dans l’émission de Patrick Cohen et a fait une grosse bévue. Il s’est trompé sur le nom du Front al-Nosra (Jabhat Al Nosra) qu’il a nommé Jamal Al Nosra. Ensuite, répondant à la question du journaliste, concernant la Légion d’honneur remise au prince héritier saoudien, il a affirmé, tout de go, qu’il s’agissait d’une tradition “démocra… diplomatique ! C’est une tradition diplomatique !”

Depuis quatre ans, on déplore l’amateurisme de ce gouvernement ; et même le temps ne fait rien à l’affaire. Le ministre des Affaires étrangères de la France s’est trompé, comme un vulgaire ministre du Travail causant CDD, sur le nom d’un groupe terroriste qu’il est censé combattre. Comme dirait Fernand Naudin dans Les Tontons flingueurs : “Y a vraiment des fois où vous déconnez ferme !”

Concernant la Légion d’honneur, même si les diplomates œuvrent à toute heure et en tout lieu pour régler (ou favoriser, ça dépend) les conflits des nations, rien ne justifiait de donner la Légion d’honneur au représentant d’un pays étranger, en particulier l’Arabie saoudite. Rappelons que la Légion d’honneur est « la plus haute distinction française. Depuis deux siècles, elle est remise au nom du chef de l’État pour récompenser les citoyens les plus méritants dans tous les domaines d’activité. » Passons sur le caractère “français” (suranné) ou sur celui de “méritant” (dévoyé) pour nous intéresser aux fondements de cette décision.

Jean Marc Ayrault nous rappelle que la France discute – mal, en plus, car il ne connaît pas le nom de l’ennemi – avec l’Arabie saoudite pour la paix en Syrie, et c’est dans ce but que la Légion d’honneur a été attribuée au prince. Si toutes les personnes qui discutent pouvaient être décorées de la Légion d’honneur, il y aurait un paquet de chevaliers, officiers, commandeurs et autres grades prestigieux…

De manière très classique, le ministre pratique ce que nous appelons communément la langue de bois : discuter de la paix, c’est bien. La construire c’est mieux ! Mais plutôt que d’aller chercher des alliances hasardeuses avec ceux qui nous prouvent, chaque jour, qu’ils s’en moquent et qui préfèrent jouer sur les deux tableaux, le ministre et le Président feraient mieux de retrouver des alliés plus naturels comme (par exemple et à tout hasard) la Russie. On aurait également pu parler de la Turquie (première alliance avec François Ier), mais étant donné qu’elle joue le même jeu que les États du Golfe, il ne faut pas compter dessus. La prochaine fois, il faudra décorer Abu Bakr al-Baghdadi directement ou bien donner un prix au Jamal Al Nosra, comme dirait notre ministre !

Des traditions diplomatiques, nous en avons beaucoup dans notre pays tant celui-ci s’est forgé sur la qualité de sa diplomatie : “ne pas négocier avec les terroristes” faisait partie de ces traditions. Il y a peu…

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