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Sur le site qui publia son ultime lettre il y a un an, je veux célébrer Dominique Venner.

Jusqu’à ce jour du 21 mai 2013, il m’était inconnu. Son geste dans la cathédrale avait été sommairement qualifié de « suicide d’un intellectuel de droite, sans lien avec le », ce qui permettait aux bien-pensants de passer sereinement à la météo et aux résultats sportifs.

Pourtant, j’étais intrigué par l’exposition délibérée d’un geste essentiellement privé. En lisant sa lettre, puis son dernier livre, je comprenais que son acte final était un sacrifice destiné à réveiller tous ceux atteints par son information.

J’étais de ceux-ci et certainement aussi endormi que d’autres par le césarisme d’une époque finissante qui a perdu beaucoup des vertus qui marquent les grandes œuvres de notre passé, notamment l’enthousiasme, le sentiment de la transcendance, et le courage. « Toute collectivité sans cohésion sacrificielle, si efficace qu’en soit l’organisation, n’est qu’un agrégat sans volonté commune, anonyme et sans responsabilité » (Pierre Emmanuel).

Venner porte un jugement lucide sur le siècle et ne partage pas le pessimisme de Spengler : si le déclin de l’Occident n’est pas irréversible, c’est parce que l’esprit à l’origine de ses grandes réalisations intellectuelles germera certainement à nouveau, si toutefois la flamme est entretenue.

En attendant la reconquête d’un sens du destin, il nous faudra « éduquer et transmettre » des vertus simples comme celles qu’il décrit dans son livre. Dans le « tunnel » que nous traversons, notre rôle sera donc analogue à celui des monastères qui conservaient et copiaient, au Moyen-Âge, les livres grecs et romains qui devaient nourrir la Renaissance.

Ce « cri » qui a résonné sous les voûtes de me remplit de crainte : si les dérives qu’il dénonce sont aussi vastes que le sacrifice fut grand, combien faudra-t-il de discours, de livres, de pamphlets, de suffrages ou d’abstentions protestataires pour provoquer le nécessaire changement des mentalités et des comportements privés et publics ? Saurons-nous éviter les méfaits d’un anarchisme subversif et les démesures de la révolution ?

Il ne suffira pas, en effet, de dénoncer les turpitudes et les excès par l’investigation et/ou la dérision : « L’effort intense de refondation doit être authentifié par des actes ayant une valeur sacrificielle et fondatrice. » La dernière phrase de son dernier livre a été illustrée dramatiquement puisqu’« il faut être soi-même jusqu’au dernier instant, surtout au dernier instant ».

Comment ne pas penser à la terrible sentence que Yourcenar place dans son « Mishima » : « Il s’agit toujours de superposer à la sagesse prudente et courante dont nous vivons ou sur laquelle nous végétons tous, la sagesse dangereuse, mais revivifiante, d’une ferveur plus libre et d’un absolu mortellement pur. »

23 avril 2014

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