Accueil Culture En soutenant Sarkozy, Laurent Wauquiez a-t-il misé sur le bon cheval ?
Culture - Editoriaux - Politique - Supplément - 31 août 2016

En soutenant Sarkozy, Laurent Wauquiez a-t-il misé sur le bon cheval ?

Son cursus vaut bien celui de Bruno Le Maire, son aîné. École normale supérieure, major à l’agrégation, École nationale d’administration : n’a rien à lui envier. Tous deux sont réputés avoir les dents longues, ce qui est peut-être une qualité pour qui veut faire de la politique à un haut niveau. dispose, cependant, d’un atout supplémentaire : il ne cache pas son attachement aux valeurs chrétiennes, a défilé aux côtés de la Manif pour tous, ce qui lui vaut la sympathie d’une partie de l’électorat catholique, voire frontiste.

Mais tous ceux qui admirent son parcours ou respectent ses convictions n’apprécient sans doute pas son soutien appuyé à la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. Le jugerait-il le mieux placé pour l’emporter et épauler ainsi la poursuite de sa fulgurante carrière ? Reste que son choix exhale quelques relents d’opportunisme. Quoi de commun, en effet, entre lui et un homme qui, certes, déborde d’énergie, mais incline à adapter ses prises de position à ses intérêts ? Un homme qui est le premier responsable de l’élection de son calamiteux successeur, pour n’avoir pas eu l’humilité de s’effacer à l’élection de 2012, bien qu’il se sût rejeté par une large majorité de Français ?

Le nouveau président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a pris une sage décision en revenant sur un engagement de son prédécesseur socialiste : le financement d’un institut culturel musulman à Lyon. Il craignait que des États étrangers – l’Algérie et l’Arabie saoudite, en l’occurrence – ne pussent s’immiscer dans son fonctionnement par le biais de financements. Que ne s’est-il, dans le même esprit, interrogé sur la nature des relations que devrait entretenir la France avec des pays comme le Qatar ou l’Arabie saoudite, dont il n’est pas prouvé – c’est un euphémisme – qu’ils n’éprouvent pas quelque indulgence coupable pour des mouvements djihadistes ?

Au lieu de cela, répondant mardi matin sur LCI aux questions d’une journaliste, Laurent Wauquiez a souligné qu’il n’y avait “pas de paradoxe” entre lutter contre l’islam radical et “faire du commerce avec des pays qui créent de l’emploi en France”. Faut-il voir dans ce propos un corollaire de son soutien à Nicolas Sarkozy, dont les rapports avec la monarchie saoudienne sont au beau fixe et qui avait déclaré, en 2008, que “l’Arabie saoudite et la France” [partageaient] les mêmes objectifs d’une politique de civilisation” ? On connaît, par ailleurs, les liens privilégiés de l’ancien chef de l’État avec le Qatar, comme en témoigne, entre autres, l’exonération d’impôt dont a bénéficié la famille royale sur ses plus-values immobilières.

En prenant parti pour Nicolas Sarkozy, avec lequel il n’a guère d’atomes crochus, Laurent Wauquiez pense avoir fait le bon choix pour exercer une influence politique dans les années à venir et – qui sait ? – entrer en lice lors d’une prochaine élection. Mais ce choix opportuniste pourrait lui coûter cher si son poulain, qui n’est somme toute qu’un vieux cheval de retour, ne gagnait pas la course.

À lire aussi

Marine Le Pen est-elle le diable ?

Tout se passe comme si on voulait persuader les Français que l’élection de Marine Le Pen é…