« En premier, ne pas nuire » : tel est le principe éthique qui, théoriquement, devrait conduire un acte de soins, et qui est appris aux étudiants en médecine et en pharmacie.

Ne pas nuire : le message est clair.

Pourtant, un domaine semble aujourd’hui échapper à cet impératif moral : l’IVG.

Le 1er décembre, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a donné son feu vert à l’extension de la pratique de l’IVG de 12 à 14 semaines, annonçant que ce sujet ne posait pas d’« objection éthique » et annonçant ne pas vouloir se positionner sur l’aspect moral de l’IVG.

Faisant cela, cette instance consultative, dont il faut bien reconnaître qu’elle n’a d’éthique que le nom, s’est délibérément assise sur les résultats d’une enquête menée, en octobre, par le Collège national des gynécologues obstétricien de France (CNGOF), indiquant que 67 % des gynécologues seraient réticents à pratiquer cet acte en cas de changement de loi.

Ces réticences ont été balayées, semble-t-il d’un revers de main, quand bien même ces résultats devraient alerter la sur le vécu psychologique des médecins pratiquant cet acte, que ce soit en début de grossesse ou pour les IMG (interruption médicale de grossesse).

La dimension psychologique de l’ est, une nouvelle fois, éludée, que ce soit auprès des impliqués ou auprès des femmes. C’est simple : le sujet n’est pas abordé et les questions relatives aux complications n’évoquent que l’aspect médical, pour en balayer l’aspect insignifiant.

Mais plus grave que ce déni sur le vécu traumatique de l’IVG est que, pour la première fois, une assemblée de savants, de médecins, de philosophes, de scientifiques reconnus a invoqué comme argument principal à cette extension du délai le « principe de bienfaisance » ! On croit tomber de notre chaise en entendant une telle énormité.

Ainsi, l’IVG à 14 semaines passe pour un geste bienfaisant. On ne sait pas, exactement, comment il est possible d’invoquer ce motif au regard de la matérialité de l’acte lui-même, dont on sait que c’est précisément cet acte chirurgical qui est susceptible de provoquer des traumatismes graves. Le seul motif pour justifier cette bienfaisance serait le fait d’empêcher des femmes, dont le nombre est infinitésimal, d’aller à l’étranger pour avorter au-delà du délai légal.

Cependant, cet argument est fallacieux. C’est l’argument idéologique parfait, celui que l’on sort à chaque changement de loi, pour la légitimer, alors que l’expérience montre que les CHU pratiquent depuis des lustres et sans aucun problème éthique les IVG hors délai en modifiant les dates de début de grossesse. Et ceci, dans des conditions éprouvantes, sous une pression court-circuitant précisément toute réflexion sur le sens et la finalité des actes posés, et conduisant parfois à des drames humains dont les premières victimes sont les femmes elles-mêmes.

On est donc forcé de constater que cette préconisation du CCNE sur l’extension du délai légal de l’IVG n’est qu’une farce grossière, un simulacre parfait destiné à apporter une caution éthique au projet du gouvernement, sans que ni l’éthique ni le respect de la dignité humaine, ni le principe essentiel du primum non nocere ne soient respectés.

11 décembre 2020

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