La voix et la frimousse de Leonarda nous sont devenues familières ces dernières heures, grâce aux multiples interviews qu’elles a accordées à des médias bien disposés à son égard. Il y a de fortes chances qu’on la retrouve bientôt en famille sur le sol français. Au plus haut niveau de l’État, on a déjà amorcé une marche arrière : une enquête administrative est en cours, et s’il y a eu faute, a prévenu Jean-Marc Ayrault, la situation de la famille Dibrani sera « réexaminée en fonction de notre droit, de nos principes et de nos valeurs ». Si ce dénouement favorable se confirme pour elle, Leonarda aura raté une sortie scolaire mais gagné en notoriété ; son cas constituera une manière de jurisprudence.

Avec persévérance, un certain savoir-faire et sans doute quelques soutiens (qui se sont nettement amplifiés au cours des dernières heures), ces ressortissants rom du Kosovo se sont arrangés pour « durer » le plus longtemps possible sur le territoire national ; c’est ce qu’on appelle en football « jouer la montre » pour tenir un résultat. Tous les recours ayant été épuisés, un arrêté de reconduite à la frontière a été mis en œuvre. Peut-être des maladresses techniques ou psychologiques ont-elles été commises et, dans ce cas, le préfet du Doubs servira sans doute de fusible.

On peut comprendre que les camarades de Leonarda se mobilisent en sa faveur, mais la France est quand même un pays bizarre : voilà des gens entrés illégalement sur le territoire national, en provenance d’un pays censé être une démocratie puisque plusieurs pays occidentaux ont fait, au printemps 1999, la guerre à l’ex-Yougoslavie de Milošević pour imposer l’existence d’un État indépendant kosovar contrôlé par les combattants de l’UÇK (il y aurait beaucoup à dire à leur sujet, mais là n’est pas mon propos) ; ce statut de clandestins ou de contrevenants confère, apparemment, des droits en matière de scolarisation et aussi de couverture médicale, il permet des recours et des manœuvres dilatoires. Et à partir du moment où un enfant « sans papiers » est scolarisé, il deviendrait, dans les faits, inexpulsable, ainsi que ses parents, frères et sœurs ! C’est une spécificité française. Allez expliquer ça à des Américains, Japonais ou Brésiliens, ils ouvriraient des yeux tout ronds.

Aux dernières nouvelles, le père de Leonarda aurait aussi ajouté, pour faire bonne mesure, quelques mensonges dans son dossier administratif afin de mieux abuser les autorités françaises. On ignore, pour l’instant, si cela lui vaudra un surcroît d’indulgence…

À lire aussi

Vers une recomposition à droite : surtout si le FN cesse d’apparaître comme anti-européen

L’économie, c’est important, la bataille pour l’emploi, c’est essentiel mais ce n’est pas …