Blog - Editoriaux - International - Religion - 9 août 2016

En Chine, le pape François n’est pas “Zen”

Le Comité central du PC chinois va-t-il enfin ouvrir la porte du Vatican aux 15 ou 20 millions de catholiques chinois ?

Les négociations sont en cours mais elles “coincent”. En cause, l’attitude du cardinal émérite de Hong Kong Joseph Zen, 84 ans. Ce dernier ne comprend pas l’attitude qu’a le Vatican envers Mgr Ma. En effet, lors de sa nomination, Mgr Ma avait surpris les autorités en annonçant qu’il démissionnait de l’Association patriotique des catholiques chinois, la seule reconnue par Pékin, afin de se consacrer uniquement à sa mission épiscopale. Le soir même, Mgr Ma était placé en résidence surveillée dans une petite chambre du petit séminaire à 100 km de sa cathédrale.

Il avait été autorisé à conserver son blog sur lequel, à la surprise générale, le 12 juin dernier, il annonçait regretter sa démission. Il faut préciser que les autorités chinoises ont tout fait pour épuiser moralement Mgr Ma : séminaire fermé, noviciat des religieuses fermé, maison d’édition fermée, ordinations repoussées sine die, pas de messe chrismale le Jeudi saint, interdiction d’installer des portes saintes pour l’année de la miséricorde. Le recensement de ces interdictions par l’Église d’ est éloquent.

C’est dans ce climat de tensions extrêmes que Mgr Ma a donc choisi de revenir sur sa démission « rétrospectivement très peu avisée ». Il écrit avoir été ébranlé dans sa conscience et qu’il a « sapé le développement remarquable de l’Église catholique de Shanghai […] “Pendant un certain temps, j’ai été trompé par certains, et j’ai prononcé certaines paroles et posé certains actes vis-à-vis de l’Association patriotique qui ne sont pas corrects. » Qu’il soit l’auteur de ces propos n’est pas encore prouvé puisqu’à ce jour, Mgr Ma n’est pas joignable.

Un tel revirement a eu un écho retentissant dans toute la communauté catholique de . Il n’est pas en conformité avec les préconisations du pape Benoît XVI, qui avait déclaré non compatible avec la doctrine catholique le principe même de l’Association patriotique. Ce que semble réfuter le pape François.

D’où le coup de sang du cardinal Joseph Zen Ze-kiun, qui s’est offusqué du silence papal. “J’aurais aimé que le pape fasse une déclaration, par exemple pour dire qu’il était soucieux du sort de Mgr Ma”, a-t-il déclaré à Famille chrétienne en mai dernier. “Le simple fait pour le pape de mentionner Mgr Ma aurait suffi pour que Pékin comprenne que le Saint-Siège était derrière lui. » Le 29 juin, le cardinal émérite demandait à ce que le Vatican clarifie la situation : « Le pape devrait protéger la réputation de l’Église, la réputation de l’évêque Ma et supprimer le chaos et l’abattement qui règne dans l’Église chinoise. Le fait de ne rien dire est irresponsable. ». Une accusation contre le Saint-Père qui est loin d’être anodine.

En réponse, le cardinal John Tong, actuel archevêque de Hong Kong, vient de publier, début août, un texte dans son hebdomadaire diocésain pour prendre la défense du Vatican sous le titre « Communion de l’Église de Chine avec l’Église Universelle » dans lequel il explique qu’un accord final sur la nomination des évêques se fera sans trahir les fondements de l’Église, ni sans abandonner ni sacrifier les fidèles et les prêtres de l’Église clandestine de Chine.

À la demande de François, John Tong travaille, en effet, depuis des mois avec Pékin pour aboutir à un texte qui pourrait donner à l’Église catholique une vitalité qu’elle n’a jamais connue.

 Lequel des deux cardinaux emportera la donne ?

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