À peine la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a-t-elle commencé que de nombreuses pharmacies sont déjà en rupture de stock. Il semblerait que cette pénurie momentanée soit davantage liée à des difficultés d’approvisionnement qu’à une véritable rupture de stock. La population s’est précipitée dans les pharmacies pour obtenir son vaccin dès que celui-ci a été disponible.

On pouvait s’y attendre. Mais Olivier Véran a annoncé, en septembre dernier, que le gouvernement avait commandé, cette année, 30 % de doses supplémentaires afin de constituer une réserve d’État dans laquelle on pourrait puiser si nécessaire. Les personnes paniquées par les discours alarmistes diffusés en boucle par les médias redoutent d’attraper la grippe dont les risques viendraient s’ajouter à ceux d’une éventuelle infection par le coronavirus. Cependant, pour certains virologues, il est possible que les deux virus soient en compétition pour nous infecter plutôt qu’en synergie.

La grippe tue, chaque année, entre 3.000 et 15.000 personnes, en France, parfois davantage, comme en 1968/69 où l’on eut à déplorer 30.000 morts sans que cela, pour autant, ne provoque un vent de panique dans la population. Cette année, si l’on s’en réfère à l’épidémie dans l’hémisphère Sud (qui a toujours quelques mois d’avance sur nous), la grippe ne devrait pas être trop sévère.
Les populations les plus à risque (sujets âgés, pathologies multiples…) sont celles que l’on devrait vacciner en priorité, mais il est bien difficile à un pharmacien de refuser la délivrance d’une dose de vaccin à un sujet relativement jeune alors que la propagande sanitaire l’invite à se faire vacciner, ne serait-ce que pour des raisons économiques, car l’indemnisation des jours d’arrêt de travail liés à la grippe est une lourde charge pour la Sécurité sociale.

Cette année, les autorités craignent surtout que la conjonction de ces deux épidémies ne fasse littéralement exploser le système hospitalier, mis à mal par plus de trente ans de politique sanitaire fondée principalement sur un désir de rentabilité, qui visait à faire fonctionner les hôpitaux à flux tendu comme s’il se fût agi d’une branche industrielle. Si l’on ajoute à cela l’incurie qui règne au sein des diverses administrations sanitaires, qu’elles soient nationales, régionales, départementales, et même au niveau hospitalier, on aboutit à des suppressions massives de lits et il n’est pas étonnant que les hôpitaux soient saturés dès la première alerte épidémique. C’est justement ce que redoutent les autorités, qui encouragent plus encore que les autres années la vaccination contre la grippe, car bien qu’elle ne soit efficace qu’à 70 % environ, elle devrait cependant limiter le nombre de cas, et donc d’hospitalisations.

Mais faute d’avoir pris à temps les mesures nécessaires (difficiles à mettre en œuvre il est vrai) pour accroître les capacités d’accueil de l’hospitalisation publique et privée, le gouvernement risque de se croire obligé de prendre à nouveau des mesures coercitives pour la population afin de pallier l’incompétence de ses services.

Heureusement, les médecins généralistes de ville (en nombre insuffisant eux aussi) seront présents sur le terrain pour faire face à ce possible déferlement de pathologie, même s’il leur sera très difficile, tant les symptômes sont proches, de faire la différence entre un début de grippe et un début d’infection au coronavirus.

23 octobre 2020

À lire aussi

En attendant Godot ou le vaccin

Cette maladie nous rappelle encore que nous sommes fragiles, fragiles dans notre corps et …