En Arabie saoudite, les athlètes laissent leur engagement LGBT au vestiaire

Championne du monde et homosexuelle, Esther González a effacé ses photos de famille avant de partir en Arabie saoudite.
Alejandro Reguero, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
Alejandro Reguero, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Changement total de décor pour Esther González. Championne du monde de football en 2023 et ouvertement homosexuelle, l’attaquante espagnole vient de rejoindre Al-Qadsiah, en Arabie saoudite, après avoir quitté à l’amiable le Gotham FC, aux États-Unis. Un départ présenté, le 3 août, comme motivé par des « raisons strictement personnelles ». Quelques semaines plus tard, elle signait pourtant dans le royaume saoudien. Et un détail n’a pas échappé à ses abonnés : les photos où elle apparaissait avec sa femme et leur enfant ont disparu de ses réseaux sociaux

L’intéressée n’a pas expliqué la suppression de ces images. Mais faut-il vraiment être grand clerc pour imaginer les raisons qui ont pu la pousser à remiser ces souvenirs personnels ? Ironie de l’histoire, cette Amérique trumpienne si souvent décrite comme rétrograde permettait à Esther González d’afficher librement sa femme et son enfant. En Arabie saoudite, une telle vie publique n’est pas possible, mais nos médias progressistes, si prompts à donner des leçons aux sociétés occidentales, se garderont probablement de chercher des noises à Riyad.

Les luttes LGBT contre les pétrodollars

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les engagements LGBT d’un sportif occidental se heurtent aux réalités saoudiennes. En 2023, Jordan Henderson, alors capitaine de Liverpool et soutien affiché de la communauté homosexuelle, quittait l’Angleterre pour rejoindre Al-Ettifaq. Lors de l’annonce de son transfert, le club saoudien avait diffusé une vidéo dans laquelle le brassard arc-en-ciel porté auparavant par Henderson apparaissait… en noir et blanc. Le milieu de terrain anglais avait ensuite tenté de défendre son choix et affirmé qu’il ne souhaitait pas « manquer de respect envers la religion et la culture de l’Arabie saoudite »… Comme on aimerait que ceux qui s’installent en Europe aient la même prévenance !

Le tennis a connu un épisode comparable. En 2023, Daria Kasatkina, l’une des rares joueuses explicitement homosexuelles du circuit, s’était montrée très réservée lorsque la Women’s Tennis Association (WTA) avait annoncé l’organisation de ses Masters à Riyad. Elle évoquait alors l’existence de « nombreux problèmes » dans ce pays musulman. Il est vrai que, selon Human Rights Watch, les juges saoudiens peuvent s’appuyer sur les principes de la loi islamique pour sanctionner les relations homosexuelles. Le département d’État américain relève, de son côté, que les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe sont criminalisées en Arabie saoudite et que la défense publique des droits LGBT est illégale, les militants pouvant être arrêtés et emprisonnés. Mais les craintes de Daria Kasatkina se sont soudainement évanouies et la championne a finalement accepté de participer au tournoi. Mieux : la WTA a conclu en 2024 un partenariat pluriannuel avec le fonds souverain saoudien PIF. Il faut croire que certaines monarchies savent compenser la restriction des droits individuels par d’autres largesses…

Et en Europe ?

En Occident, le sport professionnel se veut encore un puissant vecteur de visibilité LGBT, avec ses brassards arc-en-ciel, ses campagnes et ses opérations de sensibilisation. Mais la donne est en train de changer. En France, certains joueurs refusent désormais de participer aux opérations de lutte contre l’homophobie organisées par le football professionnel. En mai 2024, Mohamed Camara, joueur de Monaco, avait masqué les signes LGBT sur son maillot et son brassard, tandis que le Nantais Mostafa Mohamed avait refusé de participer à la journée de sensibilisation. Peut-être les mœurs saoudiennes leur siéraient-elles mieux ?

Les militants LGBT devraient méditer cette réalité. Ce ne sont ni « l’extrême droite » ni « l’homme blanc » qui menacent leurs libertés. En revanche, « l’intersectionnalité » gauchiste, qui présuppose l’alliance de toutes les minorités, pourrait finir par leur exploser en plein visage. L’importation des mœurs islamiques se traduirait mécaniquement, pour eux, par une réduction drastique de leurs droits comme de leur sécurité.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

45 commentaires

  1. C’est curieux que la communauté LGBTQIA+ votent à gauche! Mostafa mohamed et l’Arabie saoudite ont quand même le point commun d’être musulman, donc la communauté LGBTQIA+ vote à chaque fois pour ceux qui les rejettent (voir bien pire). Je n’ai rien contre cette communauté mais à force de voter comme ça je vais finir par croire qu’ils souffrent tous d’une maladie mentale pour être aussi masochistes…

    • C’est une réaction normale chez les musulmans.
      Très attachés à la famille, il se trouve toujours Un mâles dominant pour rappeler
      Les règles imposées.
      Rares sont ceux qui coupent le cordon religieux. Sans parler des menaces, et même des fatwas dirigées contre eux, devenus des mécréants.

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