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Editoriaux - International - Internet - 15 juin 2014

En Afghanistan, la corruption et la misère entre GI et talibans !

Alors que les troupes d’Al-Baghdadi – mystérieux leader de l’État islamique en Irak et au Levant – conquièrent nombre de villes au nord de Bagdad et qu’une partie de la Syrie reste toujours aux mains des djihadistes, l’ vote ce week-end pour remplacer le président Hamid Karzai qui occupait la fonction depuis la fin du régime taliban.

Le Dr Pierre Duterte, secrétaire général de l’association « Enfants d’Afghanistan et d’ailleurs », a ouvert un centre médical à Kaboul pour soigner les victimes de traumatismes et intervient pour scolariser des enfants des rues… filles comme garçons !

Voici ce qu’il nous a confié des enjeux du scrutin : « Quel que soit le vainqueur, les Américains, quoi qu’ils disent, vont rester là-bas… Il suffit pour s’en convaincre de voir à l’aéroport leurs énormes quantités d’hélicoptères, d’avions et d’armements (les soldats américains sont plutôt discrets)… Ils ne peuvent pas faire autrement : s’ils s’en vont, je pense que le pays retombera très vite aux mains des talibans… »

Ce n’est donc pas pour rien que les deux candidats Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, en lice pour le second tour de la présidentielle, entendent l’un et l’autre signer le traité bilatéral de sécurité (BSA) avec Washington pour maintenir environ 10.000 GI après le départ des 50.000 soldats de l’OTAN, fin 2014.

Ce traité, le président sortant refusait pourtant de le signer, mais sans doute pour se donner une facile image d’indépendance.

« Ça m’a beaucoup amusé, sourit le Dr Duterte, quand j’ai demandé à un Afghan : “Qu’est-ce que va faire Karzai après l’élection ?”… Il m’a répondu, comme si c’était l’évidence même : “Il va rentrer chez lui… à Washington !”»

Que Ghani ou Abdullah l’emporte, l’État afghan continuera donc d’être tiraillé entre Oncle Sam, talibans et crise économique…

« Le pays est dévasté, se lamente le Dr Duterte. Kaboul, une ville somptueuse, est en ruine… Quand on pense que les USA ont dépensé 6.000 milliards de dollars dans cette guerre et qu’on ne voit rien… Tant d’argent gaspillé pour arriver à une si triste situation : tout ça pour ça ! »

En cause, une gigantesque corruption permettant à quelques richissimes potentats de vivre au-dessus d’une multitude de miséreux…

Et pourtant, « ce n’est pas l’enfer permanent comme on l’imagine, poursuit l’humanitaire ; à Kaboul, il n’y a pas de burqa à tous les coins de rue comme on le croit en Occident. Elles sont même relativement limitées, je n’en ai pas vu beaucoup pour ma part… Et puis les Talibans ne sont pas tous des guerriers… D’ailleurs, le problème taliban est d’abord un problème pakistanais : lorsqu’on parle là-bas d’un “printemps taliban”, cela signifie qu’avec les fontes des neiges, les routes redeviennent accessibles ; les talibans descendent aussitôt du Pakistan. Je suis d’autant plus triste que je croise à chaque visite dans ce pays magnifique une population accueillante, qui a un réel sens de l’hospitalité et… de la fête ! »

Le Pakistan dont l’alliance avec les États-Unis n’est plus ce qu’elle était depuis deux ans et qui est désormais sous haute surveillance yankee, comme le rapportait en fin d’année dernière Courrier International sur son site Internet.

L’association « Enfants d’Afghanistan et d’ailleurs » (15 rue Bouchardon, 75010 Paris) n’existe que par les dons. Son site Internet : www.enfantsdafghanistanetdailleurs.org

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