Editoriaux - Politique - Table - 8 juillet 2016

En 2017, le Président sera un homme… primaire

Depuis Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, la fonction présidentielle n’a eu de cesse de se dégrader, chacun enlevant indûment sa pierre de l’édifice gaullien de la Ve République. Giscard voulait singer Kennedy et sa modernité décontractée en « déjeunant avec les Français » ou en jouant de l’accordéon au milieu d’un bal popu auvergnat.

Mitterrand entama le crédit présidentiel en faisant entrer la cohabitation par effraction dans les institutions. Pour justifier cela, les légistes du prince usèrent d’un juridisme spécieux validant une pratique d’autant plus inconstitutionnelle que le chef de l’État comme l’Assemblée nationale sont issus du même bain de légitimation de leurs pouvoirs, à savoir le suffrage universel direct. Ce que le peuple a fait, il peut seul le défaire, les conséquences démocratiques de son vote n’en devant pas moins épouser un semblable parallélisme.

Chirac abaissa la fonction en réduisant le mandat présidentiel de sept à cinq ans. Grave erreur qui obérera à jamais l’exercice du pouvoir régalien de dissolution de l’Assemblée nationale, les deux mandats coïncidant désormais dans le temps. Liant son destin à celui des députés, le Président s’interdit tout magistère moral et politique, sauf à échoir, pour un temps trop court, dans les affres d’une cohabitation qui ne manquerait pas de lui être politiquement fatale.

Quant à Sarkozy et Hollande, ils achevèrent de déboulonner le statut présidentiel, l’un en se substituant à son Premier ministre réduit au rang de potiche, l’autre en lui ôtant toute majesté par une normalité de mauvais aloi et sa pitoyable initiative de se prêter au jeu de la « primaire ».

Dans Le Figaro (6 juillet), le politologue Jérome Jaffré estime que le mécanisme de la primaire « constitue un rempart » pour les partis traditionnels, face à des offres politiques davantage hors ou anti-système, permettant ainsi de maintenir, même artificiellement, un clivage droite-gauche « indispensable à la survie des deux grands partis ». Certes, mais il occulte le fait que la Ve République renoue aussi avec une pratique « combinatoire » en cours sous ses deux devancières.

Il est manifeste que, excepté le Front national (en laissant de côté le PC « F » moribond et son surgeon mélenchoniste), le PS et Les Républicains (et leurs alliés respectifs) ne jouent délibérément plus la corde des institutions de la Ve République. Ce faisant méprisent-ils l’œuvre des auteurs de la Constitution du 4 octobre 1958 qui, en assignant un rôle d’arbitre et de guide de la nation au président de la République, cherchaient à le placer au-dessus des contingences partisanes. C’est pourquoi l’on a pu dire qu’en France, le chef de l’État est la clef de voûte des institutions.

En 1962, désireux de renforcer la légitimité du Président par l’onction sacrée du suffrage universel direct, le général de Gaulle érigea l’élection présidentielle en « reine des batailles », le candidat à la fonction suprême se présentant, noble et nu, devant la nation l’adoubant solennellement par les urnes.

Les primaires intra-partisanes, qui s’imposent presque contra legem, dévalorisent un peu plus la fonction présidentielle, le candidat désigné par la vox populi (contre un ou deux euros dont le versement s’apparente à une obligation implicite d’adhésion au parti) se présentant trivialement comme l’homme d’un parti, une tunique de Nessus qui l’affaiblira inévitablement une fois élu.

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