Editoriaux - Histoire - 21 novembre 2013

En 1914, qui voulait faire la guerre ? La France

Au « traité » de Versailles, l’Allemagne sera commodément accusée par ses vainqueurs d’être responsable de la guerre (art. 231). Sans entrer aujourd’hui dans le détail de son déclenchement, il convient, en cette période de commémoration, de se souvenir de l’état des mentalités européennes à la veille du conflit.

En 1914, qui voulait faire la guerre ? La France. On ne peut pas, chez nous, rappeler que nous étions animés alors d’un esprit revanchard, et nier simultanément que nous avons, pendant quarante-cinq ans, ardemment désiré cette guerre. Depuis l’arrachement de notre Alsace-Moselle, pendant un demi-siècle, toute une génération d’écoliers, futurs combattants de la Revanche, ont pu méditer dans leur salle de classe sur la carte scolaire de la France, avec, hachurées ou grisées, les deux provinces perdues. C’était comme un rappel que l’affaire n’était pas terminée, et qu’il faudrait un jour la conclure, cette fois-ci à notre avantage. Quand, au soir du 31 juillet, donc avant la déclaration de guerre, la nouvelle promotion de Saint-Cyr a été baptisée, le lieutenant Jean Allard-Méeus, chargé d’animer le « triomphe » des nouveaux officiers, a commencé sa harangue par ces mots : « Quarante ans ont passé, leur drapeau flotte encore… »

Aucun autre pays ne souhaitait à ce point une guerre. Bien sûr, il y avait des milieux bellicistes partout : en Russie malgré les sentiments pacifistes du tsar, en Autriche (mais pas en Hongrie) contre la propagande yougoslaviste des Serbes. Quant à l’Allemagne, il est juste d’admettre que sa peur de la coalition militaire franco-russe l’avait convaincue que, s’il devait y avoir une guerre (et elle savait que la France n’y renoncerait jamais), mieux valait qu’elle se déclenchât le plus rapidement possible avant d’attendre que la Russie soit devenue militairement irrésistible. Dopée par ses prêts anglais et français, la Russie densifiait son réseau ferré à la frontière, mettait tout en œuvre pour raccourcir son délai de mobilisation, plus long dans cet immense pays que partout ailleurs. Si donc une guerre devait venir, mais « si » et « seulement si » une guerre devait éclater, autant qu’elle éclate maintenant : c’était l’avis du chancelier Bethmann Hollweg, par exemple. Mais cela ne suffit pas à prouver que l’Allemagne ait voulu la guerre. C’est nous qui la voulions.

Quant à l’Angleterre, qu’avait-elle à gagner à une guerre ? Rien. Elle y a d’ailleurs beaucoup perdu, par-delà ses flatteuses acquisitions coloniales aux dépens de l’Allemagne. C’est pourquoi, d’ailleurs, la propagande anglaise (plus tard américaine aussi) sera la plus virulente, la plus extrémiste, présentant à son opinion publique l’Allemagne comme le pays des « Huns ».

Nous, Français, n’avions pas besoin de ces artifices, nous haïssions déjà les Allemands, et nous étions les seuls à les haïr – avec le Danemark aussi, depuis l’annexion du Schleswig-Holstein en 1866… ou du moins sa dynastie, présente dans la diplomatie européenne par ses alliances royales avantageuses…

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