Editoriaux - Politique - 22 mars 2017

Emplois familiaux, costumes… Virez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !

La lassitude. C’est sans doute le sentiment dont témoignerait le Français moyen, s’il existait, à chaque révélation de chaque nouvelle turpitude supposée ou avérée d’un homme politique. Pourtant, ce n’est pas une raison pour fermer les yeux. Certes, il peut se livrer à la moquerie, surtout quand l’épinglé est du camp d’en face. Il se lasse même de l’indignation, qu’elle soit légitime, sélective, amusée, etc. Sommes-nous condamnés à observer cette tragédie plus vraiment comique à force de répétition ? Il y a, sans doute, d’autres seuils au-delà de la nausée.

Bruno Le Roux fait partie de ces indignés vertueux qui se sont lancés à la curée contre un certain candidat à l’élection présidentielle qui a rémunéré et aurait (fictivement ?) employé son épouse. Un peu de retenue aurait été de mise : il est révélé que ses deux filles ont bénéficié de pas moins de 24 CDD comme assistantes parlementaires. Plus troublant : ces filles poussent le dynamisme jusqu’à cumuler les études dans une classe préparatoire ou le travail lors d’un stage en Belgique avec ces tâches d’assistante de papa. Espérons que l’ouverture annoncée d’une enquête préliminaire par le parquet national financier se fera dans des conditions de diligence comparables à celles qu’a subies M. Fillon… Après tout, nous sommes encore dans la République exemplaire promise par notre Moi-Président.

Autre indigné vertueux qui ferait mieux de réfléchir avant de tacler l’adversaire de son poulain : François Bayrou. N’est-il pas celui qui souhaitait imputer à ses comptes de campagne de 2002 l’achat de costumes pour la somme de 42.566 euros ? Ce qui correspond, sur la base des statistiques annuelles de 2002, à presque deux fois le salaire moyen et plus de deux fois le salaire médian en France. Son parti n’aurait-il pas bénéficié d’emplois rémunérés par les budgets européens, comme l’a révélé Corinne Lepage ? Il est vrai que François Bayrou ne se soucie pas vraiment de cohérence : censeur pertinent d’Emmanuel Macron un jour, il devient comme par magie son fidèle zélateur ; surfant à juste titre en 2007 sur l’impérieuse et préalable nécessité de réformer avant de distribuer, il reproche aujourd’hui à l’adversaire principal de son candidat, et après dix ans d’impéritie, d’en faire trop dans la réforme.

Conclure par une lassante litote est tout ce qui nous reste. Les Français se méfient de ces hypocrites VRP politico-médiatiques qui tentent de nous fourguer des lendemains qui chantent à grand renfort de marketing. Les casseroles qu’ils traînent font trop de bruit, elles les fustigent tous en un amalgame sans doute excessif. Tant pis pour les vrais vertueux, virez-les tous, même si l’abbé Arnaud Amalric n’a sans doute jamais prononcé cette injonction que je pastiche sans vergogne dans mon titre.

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