Culture - Editoriaux - Politique - Société - Table - 14 novembre 2016

Emploi des handicapés : Hollande s’en fout comme des sans-dents

L’emploi des handicapés en France est une question pour le moins… handicapante. En tout cas pour le quinquennat (heureusement) finissant. Comme à son habitude – excepté pour l’éparpillement planifié des immigrants, suprême priorité pour un gouvernement ayant fait du remplacisme le cœur de sa politique –, Manuel Valls en est resté au stade des effets d’annonce.

Mais pouvait-il faire autrement ? Officiellement, le taux de chômage des personnes handicapées atteindrait les 21 % – quand celui des personnes valides serait à 10 %. Or, selon le bilan de l’Association des paralysés de France (APF), le nombre de personnes handicapées au chômage a augmenté de 65 % entre 2011 et 2015. Pour Jacques Zeitoun, vice-président de l’APF, cette situation démontre que « l’insertion n’est pas une priorité, ou du moins constitue un ajustement des autres politiques sous François Hollande » (Le Figaro, 8 novembre). Tout est dit, ou presque.

Peu rentables, peu formés (30 % sont sans diplômes), peu considérés dans le monde de l’entreprise, les handicapés souffrent d’un réel préjugé social, en dépit de toutes les mascarades hypocritement compassionnelles où le pathos larmoyant le dispute allègrement au spectacle vénal, dont le Téléthon constitue sans doute le summum pseudo-humanitaire.

Et pourtant, que n’avait-il promis, notre chantre de la « normalité » personnifiée, lorsqu’il déclamait, emphatique, au Bourget, en 2012, devant un auditoire enflammé que « l’égalité, c’est le droit, pour les personnes handicapées, de vivre la vie la plus normale possible », ajoutant qu’il « veillerait à ce que chaque loi comprenne un volet handicap ». Cela n’engageait à rien, ne coûtait rien et donnait l’illusion de parler à tout le monde, aux Français de « souche » et de « branches », aux bien-portants comme aux malades ou aux invalides.

Cinq ans plus tard, tel Néron incendiant Rome dans Quo Vadis, Hollande peut bien chanter sa version à lui du poème à L’Oublié :

Si je mourais là-bas sur le front du chômage/Tu pleurerais un jour ô mon handicapée/Et puis mes promesses s’éteindraient comme meurt/Un oublié éclatant sur le front du chômage/Un bel oublié semblable aux sans-dents en pleurs.

Suspendant l’inversion de la courbe du chômage à une hypothétique et incontrôlable reprise de la « croissance », Hollande fit, dès le début, le choix du renoncement, de l’impuissance et de l’immobilisme. Un quinquennat pour rien. Mais une victoire contre Sarkozy. Et contre les Français. Sans verser dans le misérabilisme lacrymal, observons, tout de même, que le gouverneur de la France n’aura rien épargné à quiconque, y compris aux plus faibles d’entre nous. Allégorie grimaçante de l’égalité républicaine à la sauce hollandaise.

On se souvient qu’en 2003, Jacques Chirac, alors président de la République, érigea la lutte contre le handicap en « grande cause nationale ». « Le handicap concerne en fait chacun d’entre nous. Qu’il soit présent dès la naissance, qu’il survienne à la suite d’une maladie, d’un accident, accident de l’existence ou accident du travail, le handicap fait partie de la vie », proclamait alors, avec une sincérité non feinte, celui qui, en avril 2016, aura l’indicible douleur de perdre sa fille aînée, Laurence, souffrant depuis plus de quarante ans d’anorexie mentale.

Tout à ses « petites blagues », son inconstance conjugale, sa syntaxe douteuse, sa vacuité culturelle, ses picrocholines combinaisons politiciennes, Hollande nourrit une morgue peine pour le populo édenté, à l’odeur parfois incommodante, mais français jusqu’au bout de ses moignons ou de ses béquilles, substituts d’une prothèse orthopédique qu’il n’a pas les moyens de s’offrir.

« Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez » (Matth. 25, 40)

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