Accueil Editoriaux Emmanuel Macron, une sorte d’union nationale à lui tout seul
Editoriaux - Politique - Table - 9 mars 2016

Emmanuel Macron, une sorte d’union nationale à lui tout seul

Débaucher des personnalités extérieures à son camp peut apparaître immédiatement pour une habileté mais, en définitive, constitue une démarche qui manque les effets positifs qu’on en attend. On l’a vu sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avec les ministres dits “d’ouverture”.

Plutôt des “coups”, des reniements qu’une véritable concorde. Des opportunités de dérision plus que d’adhésion.

Je songe à cet échec parce qu’un excellent dossier sur “La fusée Macron” a été publié par L’Obs et que ce ministre, dont plus personne ne doute qu’il aura un destin au-delà de ses attributions d’aujourd’hui, présente une personnalité véritablement atypique. Pour résumer, je la perçois comme naturellement pluraliste, une sorte d’union nationale à elle toute seule, et c’est sans doute la cause essentielle de sa popularité et l’explication des multiples soutiens que des citoyens auparavant démobilisés souhaitent dorénavant lui apporter.

répond, en effet, à une aspiration profonde des Français qui rêvent de rupture mais dans une forme de velours et de courtoisie, qui exigent de l’audace mais tranquille et rassurante et qui, plus que tout, ont besoin qu’on les traite, les uns et les autres, avec bienveillance dans la relation républicaine. – cela ne date pas de maintenant – a des convictions mais il ne les assène pas : il tente de les démontrer. Il ne hait pas, il est en désaccord. Il ne clive pas, il distingue. Il n’a pas d’ennemis mais des compatriotes. S’il parle, il écoute aussi. Sa capacité d’empathie n’est pas de la mollesse. Il attend son heure mais sans impatience.

Emmanuel Macron joue-t-il la comédie, donne-t-il le change ? Je ne le crois pas à partir du moment où la constance de ses pensées, de ses choix et de ses orientations, dans l’ensemble de ses contributions, signifie qu’il existe une ligne directrice et une identité intime, intellectuelle, politique et humaniste.

Je ne crois pas que le décrire ainsi soit s’illusionner sur lui. […]

Il suffit de constater comment cet “objet politique non identifiable” qu’est Emmanuel Macron a bousculé, voire bouleversé la gauche doctrinaire et passéiste, influencé un président de la République qui, ces derniers temps, est écartelé entre l’envie de le suivre et de continuer à provoquer d’un côté et, de l’autre, le désir de ne pas trop laisser l’esprit et la main à un ministre que le Premier d’entre eux ne supporte plus. Parce qu’il est sur son terrain et que – un comble – il y est meilleur que lui. Dans ces conditions, Manuel Valls qui n’est pas “mauvais” continuera à faire contre Macron bon cœur et à demeurer !

[…]

Emmanuel Macron est ministre mais son ambition, il ne s’en cache plus, va bien au-delà. Il a tellement conscience de ce que l’avenir, sans précipiter le mouvement, peut lui offrir qu’il s’est entouré d’un cercle hétérogène d’influences et de conseillers, et qu’un club de réflexion libre et ouvert accueillera tous ceux qui, à ses côtés, voudront participer à son entreprise qui, apparemment, fuira comme la peste la routine et le conformisme.

[…]

Si le président de la République décidait de ne pas se représenter par certitude que le premier tour l’éliminerait pour le second, nul doute qu’Emmanuel Macron serait engagé dans la joute finale et qu’il y affronterait notamment Manuel Valls, son pire ennemi – les pires sont ceux qui, dans une même mouvance, se connaissent et se craignent de près -, Arnaud Montebourg, peut-être Cécile Duflot.

Ce serait faussement doux, vraiment sanglant, passionnant.

Dans tous les cas, 2017 ne sera pas une fin mais un début pour lui.

[…]

Extrait de : Emmanuel Macron : le délicieux danger

À lire aussi

Philippe Bilger : « Castaner a commis la gravissime erreur de ne pas poursuivre Camélia Jordana au nom de la police »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleIls étaient plus de 20.000 à manifester, il y …