Alors que la septième compagnie au clair de lune n’en finit plus de s’écharper à propos de sa primaire de la gauche – combien de votants, au fait ? –, Emmanuel Macron tente de creuser son sillon et de se donner une sorte de stature internationale. D’où cette escapade orientale, démarrée ce lundi 23 janvier dernier.

Et c’est ainsi qu’à l’École supérieure des affaires, à Beyrouth, il a vanté les mérites de « la révolution économique et sociale », vocable assez flou pour demeurer compatible avec toutes les latitudes politiques et autres longitudes d’ordre culturel ou religieux. Au fait, aller enseigner le sens des affaires aux Libanais : fortiche, le Macron ! Un peu comme s’il se rendait en Jamaïque apprendre à Usain Bolt la bonne façon de courir le cent mètres.

Pour le reste, c’est l’agent Longtarin de chez Gaston qui voudrait endosser l’uniforme du : « Le rôle de la France est de mener une d’indépendance et d’équilibre qui permette de parler à tous et d’assurer la construction de la paix. […] Un rôle que l’on a peut-être oublié. » Sans blague… On nous cache tout et on ne nous dit rien.

Toujours dans le même répertoire : « Je suis loin des tentations néoconservatrices que certains peuvent avoir et loin aussi des fascinations coupables que d’autres peuvent nourrir à l’égard de tel ou tel régime voisin. » Une fois traduit en français, tout cela signifie que l’armée française n’ayant plus les moyens politiques de tenir le rôle qui fut traditionnellement le sien, jouer les modérateurs de cet Orient complexe, ce, avec des fortunes plus ou moins heureuses, il faut bien se résoudre à discuter avec Bachar el-Assad, président syrien, que le gouvernement auquel appartenait Emmanuel Macron promettait naguère aux galères.

Mais attention, car il s’agit d’un « dirigeant failli » – au même titre que François Hollande ? Donc : « Je ne suis pas d’accord avec ceux qui voudraient pactiser avec lui. » Là, ça se complique. Macron veut bien causer avec Bachar el-Assad, mais sans « pactiser ». Ce qui signifie que les armées au sol (russes, kurdes, iraniennes, syriennes ou milices du Hezbollah) luttant contre l’, seraient donc chargées de la vilaine besogne, alors que la France d’Emmanuel Macron n’aurait plus qu’à en récolter les éventuels fruits diplomatiques, tout en ne « pactisant » avec aucun de ces possibles vainqueurs ; en admettant, toutefois, que ces derniers consentent à lui demander son avis. Tout cela est-il bien sérieux, ma bonne dame ?

Mais il n’est pas de voyage en Orient sans que la question israélo-palestinienne n’arrive, à un moment ou à un autre, sur le tapis volant. Sans surprise, Emmanuel Macron se dit « favorable à une paix négociée à deux États ». C’est bien le moins, au regard du droit . Tout en se prononçant – c’était tout aussi prévisible – contre « toute pression effective sur Israël ». Ou de l’art de s’asseoir sur la parole de la France, pays qui est, malgré tout, un peu le sien, oubliant qu’en 2014, à l’initiative du , l’Assemblée nationale condamnait la politique de « Grand Remplacement » menée par Israël vis-à-vis des Territoires palestiniens occupés, tout en reconnaissant, par anticipation, une enfin libérée.

L’Orient-Le Jour, quotidien libanais francophone de référence, au même titre que le Tehran Times, son homologue iranien et anglophone, ont accueilli tout cela par un silence des plus polis. C’est dire l’impact de notre président putatif en cette région du monde.

Et c’est ainsi qu’Emmanuel Micron est grand.

24 janvier 2017

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