Editoriaux - Politique - 31 mars 2017

“Emmanuel Hollande”, le candidat du statu quo

C’est le petit jeu à la mode de la vie politique française. Les candidats semblent éprouver un malin plaisir à transformer, assembler, décomposer et recomposer les appellations des partis ou les prénoms et noms de leurs adversaires politiques.
 
Il y eut, tout d’abord, le sigle-valise UMPS, puis “herpès”, utilisés à foison par Florian Philippot pour dénoncer les accointances idéologiques entre la droite et la gauche de pouvoir.
 
Il y eut, ensuite, les Ali Juppé, puis Farid Fillon, enfin Bilal Hamon, d’un goût douteux, pour souligner les sympathies plus ou moins affirmées et assumées, des différents candidats pour l’islam.
 
Il aurait pu y avoir Benoît Mélenchon ou Jean-Luc Hamon, tant les deux impétrants semblent relayer une vision proche du combat politique vraiment à gauche et, surtout, partagent un même ego empêchant toute union des deux roses.
 
Mais c’est le pseudonyme “Emmanuel Hollande” qui fait désormais florès. La paternité du calembour revient à François Fillon, qui s’est empressé, pour enfoncer le clou, d’ajouter que “ça marche aussi avec François Macron”.
 
Mis à mal dans les sondages, le candidat des Républicains entend frapper là où ça fait mal. En d’autres termes, à insister sur les similarités entre le très fringant et le très impopulaire François Hollande.
 
On ne peut donner tort à François Fillon. Le programme de Macron s’inscrit dans la lignée de l’action présidentielle de François Hollande. Les plus fins observateurs ajouteront que le premier a repris la scansion du second qui, lui-même, singe volontiers François Mitterrand. La politique, après tout, est aussi une question de paternité.
 
Pour François Fillon, donc, “on voit de plus en plus Emmanuel Macron s’enfermer dans le Parti socialiste, dans le gouvernement et poursuivre la politique de François Hollande”. Avant d’ajouter que, lorsque l’on “regarde les choses, on s’aperçoit que la campagne d’Emmanuel Macron, c’est en fait les plus vieilles ficelles de la politique”.
 
Emmanuel Macron s’inspirerait en fait également, toujours selon l’ancien Premier ministre, de Jean Lecanuet, qui avait utilisé comme slogan “En marche” dans les années soixante. Lecanuet parvint à mettre le général de Gaulle en ballottage grâce au travail de Michel Bongrand, gourou de la communication, et à des affiches sur lesquelles il apparaissait tout sourire.
 
Avec un peu de cruauté, on pourrait ajouter qu’Emmanuel Macron, ou Emmanuel Hollande, candidat du vide, c’est finalement aussi un peu Éole, maître du vent.

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