Editoriaux - International - Religion - 11 mars 2016

Emine Erdoğan, Première dame de Turquie : “Le harem, c’était le bon temps !”

Ils sont charmants, le président turc et Madame. Encore un peu et ils vont ressembler aux Ceaușescu, leurs gentils voisins roumains du temps de la grandeur soviétique. Emine et Recep Tayyip Erdoğan sont confits dans la religion. Les autres l’étaient aussi, mais ils croyaient au paradis terrestre de l’Homme nouveau quand Recep et sa Minine rêvent au paradis d’Allah. À part cela, ils ont en commun d’être des couples à poigne fermes sur les valeurs.

Madame Erdoğan milite ainsi pour le maintien des femmes dans la tradition. Mercredi, alors qu’elle intervenait dans une manifestation officielle, cette grande admiratrice de l’Empire ottoman a vanté les bienfaits du harem : “Une école pour préparer les femmes à la vie.” Et au plaisir des hommes, cela va sans dire.

Wikipédia nous apprend que : “Au sens oriental, harem est synonyme de “interdit aux hommes”. En effet, le terme dérive du mot harâm, qui désigne ce qui est tabou, interdit par la religion. Son antonyme est halal, ce qui est permis par la religion. Les deux termes appartiennent au hudûd, qui fixe les limites entre ce qui est permis et ce qui est interdit.”

Le harem, il est vrai, était interdit aux hommes. On y parquait les femmes, achetées, “raptées” ou bien offertes par les grands dignitaires du royaume. C’était plus précisément « une réserve » pour le sultan dont elles étaient la propriété. Dans le passé glorieux du harem ottoman, ce lieu de tous les fantasmes occidentaux si cher à madame Erdoğan, les femmes étaient tenues de parler à voix basse en présence du maître et devaient communiquer par signes. Et quand elles sortaient, c’était montées sur un cheval et planquées sous une sorte de tente portée par quatre eunuques et qui ne laissait dépasser que la tête de l’animal. Dans la vapeur parfumée du hammam, elles apprenaient sous le regard vigilant de nègres émasculés tous les secrets pour faire grimper leur chef suprême aux tentures. L’unique espoir de prendre l’ascenseur social – hélas vain pour la plupart d’entre elles – étant d’accéder à la couche du grand mamamouchi, il fallait se tenir prête en permanence à répondre au désir suprême.

Ce qu’on dit moins, c’est que pour les élues qui connaissaient l’extase dans les bras du moustachu enturbanné commençait alors une lutte sans merci – et souvent à mort – avec ses rivales. Car si l’on y apprenait la danse et la poésie avec l’art du sexe, cette belle école de la vie était surtout une école de la cupidité, de la violence, de la rivalité et des haines exacerbées jusqu’au meurtre. En effet, le sultan avait traditionnellement quatre épouses en titre ainsi que des favorites, des esclaves et des odalisques pour le distraire… Comme il n’était évidemment pas question de faire monter tous leurs rejetons sur le trône, la succession – ton fils ou le mien ? – se réglait par le complot et l’assassinat.

Mardi, Journée internationale des femmes, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a tenu à rappeler que, à ses yeux, “la femme est avant tout une mère”. On s’en doutait un peu. Toutefois, on notera qu’il rejoint là-dessus madame Christine Boutin. Comme quoi…

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