Editoriaux - Médias - Politique - Presse - Santé - Table - 2 février 2017

Embaucher un membre de sa famille est-il vraiment un problème ?

Une fois de plus, le malheur des uns est en train de faire le bonheur des autres. L’affaire Fillon, et la médiatisation soudaine de cette pratique politique pourtant habituelle et largement répandue qui consiste à embaucher un membre de sa famille, sont une occasion en or pour certains débrouillards d’apparaître comme les purs de la démocratie. Depuis plusieurs jours, en effet, on voit certains élus se précipiter pour condamner cette pratique, profitant de sa mauvaise presse du moment pour se faire une santé éthique en rappelant notamment qu’eux, à la différence de Fillon, n’ont jamais embauché personne de leurs familles. Alléluia ! Les politiques sont tellement déconsidérés, et à juste titre, qu’à défaut de pouvoir présenter des qualités, ils en sont rendus, pour se légitimer, à se démarquer des défauts des autres. Ayant renoncé à être réellement et sincèrement intègres, ils se contentent simplement d’apparaître comme les moins compromis. La loupe déformante des médias fait le reste.
 
L’affaire Fillon est confuse : au départ, il s’est agi de faire la lumière sur le caractère fictif de l’emploi de Penelope Fillon, car son embauche à proprement parler n’est supposément pas le fond du problème puisque la loi l’autorise. À ce jour, on ne sait plus, parasités que nous sommes par le bavardage politico-médiatique des uns et des autres, s’il faut reprocher à Fillon d’avoir versé un salaire injustifié à sa dame ou de l’avoir recrutée comme assistante. S’il s’agit d’un emploi fictif, il est incontestable que la sanction doit être à la mesure, et même à la double mesure, de la gravité de l’infraction juridique et du viol moral que constitue cette attitude.
 
Quoi qu’il en soit, cette affaire est l’occasion d’évoquer la possibilité offerte aux parlementaires d’embaucher un membre de la famille dans leurs cabinets. En soi, cette pratique est-elle tellement scandaleuse et indéfendable ? Un élu dispose d’un mandat de quelques années pendant lesquelles il doit effectuer un travail compliqué, sensible, susceptible d’entraîner de grandes conséquences sur la vie du pays. Les enjeux sont lourds. Puisqu’il est mandaté par les électeurs pour réaliser, en peu de temps, un travail grave et sérieux, puisque sa fonction va le mettre en situation de prendre des décisions potentiellement tragiques, non seulement il n’est pas idiot de poser la question de la confiance et de l’intégrité des collaborateurs, mais il n’est pas plus idiot d’y répondre en considérant qu’un membre de la famille est plus susceptible de loyauté qu’un « simple » compagnon de route politique. Doit-on faire la liste de toutes les trahisons, de toutes les félonies et de tous les abandons en politique ?
 
Pour être conforme à l’idée fantasmée que nous nous faisons de la République, nous voulons voir dans cette pratique un reliquat scandaleux de l’Ancien Régime. Dans ce rejet, je vois autre chose : la négation des liens spéciaux que confère l’appartenance à la famille. Et pourtant, aussi insupportable que cela puisse paraître aux contempteurs de la famille pour qui l’individu est avant tout un membre de la Cité politique sans autre attache à ses semblables que celle édictée par un « contrat social » imaginaire, le fait est que les liens du sang sont d’une nature particulière, qu’ils donnent une mesure singulière et supérieure à la loyauté et à la confiance, et que le foyer familial est à la fois le berceau le plus chaleureux et la forteresse la plus fiable de ces valeurs.

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