Improbable merveille de l’art des cavernes fortuitement révélée il y a vingt ans, la grotte Chauvet est ouverte au public depuis ce week-end. Ainsi, des millions de curieux étonnés pourront-ils découvrir de visu, voire effleurer de la main les lions, les bisons, les bouquetins et les rhinocéros tracés sur ses parois il y a trente-six mille ans par des artistes à jamais célèbres et pour toujours inconnus. La préhistoire comme si vous y étiez. À s’y méprendre, paraît-il.

La fréquentation attendue sur le site – on prévoit cinq cent mille entrées annuelles – va faire la prospérité de ce coin perdu de l’Ardèche. Bravo, donc, aux créateurs, aux réalisateurs et aux bénéficiaires contemporains de cette entreprise préhistorico-touristique. Il n’en aura coûté que cinquante-cinq millions d’euros pour reproduire dans leurs moindres détails les fresques originales et pour garantir au visiteur qu’il retrouvera dans l’artefact moderne qui lui est proposé la même humidité, la même fraîcheur, l’odeur même et la lumière (?) de l’antre ancestral.

Car, on l’a compris, c’est une grotte dite « Chauvet 2 » qui vient d’être inaugurée, autrement dit abritée dans un bâtiment discret qui se fond, nous dit-on, dans le paysage, une réplique réduite des deux tiers de la grotte authentique. Bref, une copie, fidèle, on veut bien le croire, mais une simple copie, une reproduction de la vraie grotte (qui n’aurait pas résisté à l’afflux) et qui, à peine découverte, a été pour cette raison aussitôt fermée au vulgaire, comme l’avait déjà été Lascaux, sauvée in extremis de la dégradation et de la disparition.

Ainsi le veut l’époque, ainsi entend-on protéger les fragiles vestiges qui nous restent de notre passé le plus ancien contre les méfaits du tourisme de masse, et tant mieux si c’est à ce prix que l’on s’en fait une idée aussi approchée que possible de chefs-d’œuvre qui ne résisteraient pas à la foule et à la lumière, même si ce n’est pas tout à fait la même émotion qui sourd de l’original et de sa copie. Le pli n’en est pas moins pris. Outre le Lascaux 2, un Lascaux 3 en kit se promène déjà à travers le monde. Un Lascaux 4, encore plus beau que le deuxième, est d’ores et déjà en cours de fabrication, pour la modique somme de cinquante-sept millions d’euros et ce n’est pas le vrai trésor de Toutankhamon qui était présenté il y a trois ans au parc des expositions de Paris mais sa copie, remarquablement imitée. À ce compte, on peut d’ailleurs se demander pourquoi Chauvet 2 n’a pas été délocalisé au Havre, au Kremlin-Bicêtre, à Grigny ou à Maubeuge, où il aurait fait bonne figure, mais installé à Vallon-Pont-d’Arc, à seulement deux kilomètres de son modèle.

Est-ce d’ailleurs la vraie Joconde, vraiment peinte par le vrai Léonard, que nous apercevons au Louvre derrière l’épaisse vitre qui la garantit des fous et des coups, ou seulement sa copie ? Dans le domaine de l’art comme dans tant d’autres, il est bien certain que nous vivons un temps de mystifications, de leurres et d’impostures, dont les exemples les plus éclatants ne sont pas les plus visibles, en tout cas les plus connus.

Alors que je termine cet article, un informateur bienveillant me met en effet sous les yeux les résultats d’une minutieuse enquête menée dans le plus grand secret depuis trois ans, et pour cause, puisqu’il s’agit d’un secret qui touche, pour reprendre l’expression pléonastique qui est de mode dans la presse, au plus haut sommet de l'État.

Ce n’est pas un président authentique, un président digne de ce nom qui préside aux destinées de ce pays. Tandis que le président original, le président authentique, celui qui devait en finir avec la finance, juguler la crise, réduire le chômage et faire régner la justice sociale, mis à l’abri de toute nuisance, est conservé au frais dans des conditions atmosphériques et hygrométriques particulièrement rigoureuses au Garde-Meuble national, c’est une copie de président, du reste assez finement réalisée, un hologramme, pour ne pas dire un ectoplasme de président, qui en joue le rôle et qui paraît en public depuis bientôt trois ans. Les observateurs les plus attentifs n’ont pas manqué de remarquer la gestuelle empruntée, la diction hésitante, le manque de naturel du double de François Hollande. Sans action sur la réalité, puisque sans existence réelle, il est normal que cet androïde se contente d’être le spectateur, le commentateur affligé ou rigolard, mais également impuissant des diverses rubriques de l’actualité.

Le lecteur dubitatif et sceptique peut aisément vérifier le bien-fondé de cette révélation sensationnelle. Muni des instruments de mesure adéquats, il lui suffira de se rendre rue du Faubourg-Saint-Honoré pour y constater que le palais, les immeubles avoisinants et jusqu’aux gardes qui veillent aux barrières de l’édifice, pour soigneusement reproduits qu’ils aient été, ont été réduits des deux tiers de leur taille. C’est donc à tort que l’on continue à parler de l'Élysée. Depuis mai 2012, c’est « Élysée 2 » qu’il faudrait dire.

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26 avril 2015

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