Un conflit opposait, depuis deux ans, les industriels aux producteurs normands : quelle réalité recouvrait, au juste, l’appellation « Normandie » pour les camemberts ? Conflit picrocholin, en apparence : il y avait, d’un côté, le camembert AOP (appellation d’origine protégée) « de Normandie », moulé à la louche par de petits producteurs et, de l’autre, le camembert « fabriqué en Normandie », c’est-à-dire dans une usine qui pourrait se trouver n’importe où ailleurs (mais qui se trouve en Normandie pour de basses raisons d’affichage).

Ce conflit a été tranché le 1er janvier par la répression des fraudes, nous apprend Le Figaro de ce jour, apparemment en pointe sur la question des fromages coulants à pâte molle.

Désormais, seuls les camemberts AOP seront dits « de Normandie ». Ce n’est que . On apprend, en outre, que des élus locaux s’étaient courageusement mobilisés pour défendre leur gastronomique. Ce paragraphe mérite d’être cité en entier :

« Défendant le savoir-faire du camembert “de Normandie”, le député MoDem du Loiret Richard Ramos et la présidente de l’association Fromages de terroirs, Véronique Richez-Lerouge, avaient distribué, le 13 mars 2019, 577 camemberts aux députés, sur lesquels on pouvait lire : “Non au camembert pasteurisé. Oui au lait cru pour tous.” “En ouvrant la porte au volume, à la standardisation et donc à la médiocrité, nous dévoyons l’esprit de nos appellations d’origine”, avait fustigé Véronique Richez-Lerouge auprès de Ouest-. »

Première leçon du camembert : l’exigence est bonne en soi. La dernière phrase de Mme Richez-Lerouge est pleine de bon sens. Elle s’applique à tous les domaines de la vie, et pas seulement au fromage. Ce qui rend meilleur, c’est le triomphe de la qualité, la valorisation de l’élite authentique (et non « des élites »), le refus catégorique et quotidien de l’abaissement, le sien et celui des autres. Sinon, on risque, en donnant la même appellation à tout, de tout tirer vers le bas.

Deuxième leçon du camembert : n’est pas d’origine protégée qui veut. Prenez l’AOP « France », par exemple. Aujourd’hui, les Français qui sont dépositaires d’une millénaire sont tout aussi français que ceux qui auraient pu naître n’importe où ailleurs, et qui prennent la France pour un hôtel (Attali) ou un distributeur de billets et d’allocations. Ce n’est pas juste, disent les petits producteurs (populistes, complotistes) d’une origine certifiée mais plus tellement protégée.

Troisième leçon : tout n’est pas seulement affaire d’acculturation. Ce n’est pas parce qu’une mimolette a été fabriquée dans le Calvados que cela fera d’elle un camembert. Et même si un producteur reste des siècles dans le bocage, il fera de la mimolette de Normandie, mais ce ne sera toujours pas traditionnel, et ça ne s’appellera toujours pas camembert.

Ces trois leçons valent bien un fromage, sans doute. On comprend mieux pourquoi les mondialistes exècrent le terroir, comme Bernard-Henri Lévy le professait en 1985, dans ce tristement fameux premier éditorial du magazine Globe (cosigné avec, excusez du peu, Pierre Bergé et Georges-Marc Benamou) : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, baguette, bourrée, biniou, bref, “franchouillard” ou cocardier, nous est étranger voire odieux. » Il aurait dû ajouter le camembert !

6 janvier 2021

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