Editoriaux - Justice - Politique - 3 juillet 2016

Elie Wiesel : disparition d’un homme bien

Elie Wiesel s’en est allé à l’âge de 87 ans entouré des siens à Manhattan, le 2 juillet. Avec lui disparaît celui que Barack Obama appelait « la conscience du monde ».

Nul ne peut contester à cet Américain d’origine roumaine une certaine stature morale, une grandeur d’âme qui pourrait servir de modèle à beaucoup d’hommes politiques. Né en 1928 à Sighet, dans les Carpates roumaines, Elie Wiesel, issu d’une famille juive orthodoxe, a été déporté en mai 1944, à l’âge de quinze ans, à Auschwitz-Birkenau avec sa mère, son père et ses trois sœurs. Seuls deux d’entre elles et lui-même s’en sortiront. À la libération des camps par les Américains, il est recueilli par l’Œuvre juive de secours aux enfants et rapatrié en France. Il y vit une dizaine d’années, étudie la littérature, la philosophie et la psychologie à la Sorbonne. Il se lie d’amitié avec François Mauriac, qui le forcera à publier, en yiddish, le récit de sa déportation. Cette longue version de ce récit (800 pages) sera traduite en français dans une version allégée : La Nuit. Journaliste, il couvre le procès Eichmann en 1961 et prend la nationalité américaine deux ans plus tard. Enseignant à l’université de Boston, il parcourt aussi le monde pour perpétuer la mémoire de la Shoah et dénoncer les totalitarismes, les oppressions, les injustices.

Mais Elie Wiesel n’était pas infaillible. Il s’en voulait terriblement d’avoir été favorable à l’intervention contre Saddam Hussein, lors de la troisième guerre d’Irak (2003). Il était convaincu que l’Irak détenait des armes de destruction massive. En 2014, il défend l’expansion de Jérusalem-Est en soutenant un mouvement de colons, suscitant alors de vives réactions de la part de pacifistes israéliens et d’intellectuels palestiniens. L’an dernier encore, il est présent au Congrès américain, au cours duquel le chef du gouvernement israélien critique vivement l’accord avec l’Iran et la politique de l’administration Obama.

Prix Nobel de la paix en 1986, il crée une fondation (fondation Elie-Wiesel pour l’Humanité) pour la mémoire de l’Holocauste et contre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice. Cette fondation est victime de l’escroquerie montée par Bernard Madoff. La quasi-totalité des fonds propres s’évaporent : 15 millions de dollars. Ce qui fait dire à Elie Wiesel, à propos de Bernard Madoff, que « psychopathe est un mot trop gentil pour le qualifier ». Témoin au procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, Elie Wiesel se voit proposer, comme Albert Einstein en 1952, le poste de chef de l’État israélien. Il décline en prétextant que la politique ne l’intéresse pas et qu’il n’est « qu’un écrivain ».

Docteur honoris causa de plus d’une centaine d’universités dans le monde, cet inlassable défenseur de la paix était grand-croix de la Légion d’honneur.

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