Editoriaux - Histoire - Médias - Société - 2 juin 2015

Pour Élie Semoun, “on vit dans un pays de racistes” et c’est à cause du Front national !

Monsieur Elie Semoun n’est pas sans savoir qu’au cours des mois écoulés, en Afrique du Sud, des xénophobes ont lynché un certain nombre “d’étrangers” et pillé leurs biens (de petites boutiques pour la plupart), au simple motif de leur statut d’allochtone (Bangladais, Éthiopiens, Mozambicains, etc.). Selon les Nations unies, 5.000 “étrangers” auraient ainsi dû fuir leur domicile. Différents groupes de Zoulous seraient notamment impliqués selon les médias, à Durban et Johannesburg. Selon les critères de M. Semoun, l’Afrique du Sud post-apartheid est donc “un pays de racistes”.

C’est ainsi qu’il vient, en effet, de qualifier la France dans un article du Figaro publié le 30 mai et intitulé : “On vit dans un pays de racistes.” L’on y apprend que “petit à petit se sont infiltrées dans la société française ces idées démagogiques qui prônent que l’étranger est un danger”. À qui la faute ? demande le journal. “Au Front national”, répond le plus sérieusement du monde notre penseur de bazar, dont le statut acquiert du coup une double étiquette : celle de comique au sens propre et figuré du terme (ils sont deux, désormais, avec Jamel).

Ne reste plus aux autorités sud-africaines qu’à invoquer la responsabilité des thèses du Front national pour se dédouaner de ses Zoulous xénophobes et racistes… C’est la fameuse histoire de la poule et de l’œuf. Qui donc est responsable : les racistes d’avoir engendré le racisme ? Ou le racisme d’avoir engendré les racistes ?

M. Semoun devrait se garder d’employer certaines tournures à la légère : vivre “dans un pays de racistes” n’a pas la même signification que, par exemple, “vivre dans un pays où l’on peut croiser des racistes à proportion équivalente à celle de la plupart des autres pays du monde”. La France en a soupé des slogans-crachats fétides à l’emporte-pièce : c’est, sans le moindre doute, eux qui alimentent la progression des “thèses du Front national” si essentielles aux thèses de SOS Racisme, elles-mêmes chères, semble-t-il, à M. Semoun, lequel porte ainsi sa part de responsabilité dans l’affaire.

Il n’aura pas échappé à M. Semoun que le sang a coulé également en France ces derniers temps… Ainsi, lorsque le Français de confession musulmane Mohammed Merah loge une balle de parabellum dans la tempe d’une petite bout de chou au titre de sa judéité, d’accord obstinément, aveuglément avec M. Semoun : on vit “dans un pays de racistes”. Lorsque le Français de confession musulmane Mehdi Nemmouche exécute à l’arme de guerre quatre personnes au titre de leur présence dans un musée juif de Bruxelles, d’accord obstinément, aveuglément avec M. Semoun : on vit “dans un pays de racistes”. Lorsque le Français de confession musulmane Amedy Coulibaly exécute quatre personnes à l’arme de guerre au titre de leur présence dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, d’accord obstinément, aveuglément avec M. Semoun : on vit “dans un pays de racistes”.

À moins que l’on vive “dans un pays où l’on peut croiser des racistes à proportion équivalente à celle de la plupart des autres pays du monde” ? La question reste ouverte, mais il nous semblait que l’improbable “esprit du 11 janvier” nous signifiait précisément que ces dangereux individus, en s’excluant eux-mêmes des “valeurs de la République” si chères à l’antiracisme, se désignaient clairement comme “étrangers” à elle ?

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