La réalité des parcours d’intégration ou d’exclusion des populations d’origine étrangère est bien plus diverse et variée qu’il n’y paraît. Le regard sur celles qui sont d’origine musulmane est partagé entre l’idéalisation des « chances pour la France » et l’effroi devant la et l’islamisme.

Le mouvement réel de familles musulmanes vers des écoles catholiques peut nous amener à réfléchir à la diversité des attitudes et des degrés d’éloignement vis-à-vis de la culture dominante en France.

Émigrés pour trouver une vie meilleure, beaucoup de parents inscrivent leurs enfants dans une école catholique essentiellement pour la réussite scolaire. C’est le cas de « beurgeois », des « beurs » devenus « bourgeois » qui ont assez d’argent, mais aussi de personnes beaucoup plus modestes qui feront des sacrifices financiers pour « un bon niveau d’études et un encadrement plus strict ».

L’inscription d’enfants de musulmans dans des écoles catholiques marque un autre rapport à l’ française. Rejetant le laïcisme, leurs parents acceptent un compromis avec la France « conservatrice ». Ils ont été nombreux à venir individuellement manifester contre le mariage homosexuel et ils sont prêts à inscrire leurs enfants dans des écoles qui les mettront à l’abri de l’enseignement (bien réel) d’une théorie du genre qui veut supprimer les différences entre garçons et filles.

Les structures de l’enseignement catholique ont mené une réflexion détaillée sur la meilleure manière d’accueillir ce mouvement. Dans le dossier qu’elles proposent aux acteurs de l’enseignement catholique, on trouve une étude de trois manières d’accueillir ce mouvement.

Un collège [PDF] accueillant 78 % d’enfants d’origine musulmane affirme dans son projet d’établissement qu’au collège « on apprend à s’imprégner des choses invisibles » et que des passages du Coran et de la Bible encouragent « la connaissance » et « la prise en compte des autres ». Dans la pratique, cette option interreligieuse a fait apparaître la tentation de dire que le collège était devenu « musulman », comme la majorité de ses élèves.

Dans un autre collège [PDF] avec 50 % de Maghrébins, une « pastorale » très peu explicite et inspirée des mouvements pédagogiques de « l’éducation nouvelle » qui met le vécu de l’élève et ses questions au centre, découvre que « les jeunes musulmans … ont le plus grand mal à parler de leur foi autrement que par des affirmations dogmatiques ».

Un troisième exemple [PDF] montre un collège de Roubaix insistant fortement sur la transmission de la culture française : « La chorale est multicolore et elle chante aussi Bach et Vivaldi. » Ouvert à tous, il demande de s’intégrer dans une structure explicitement catholique, « dans un spectacle du Moyen Âge, Brahim jouait le rôle d’un moine ». Il autorise les absences pour les fêtes religieuses musulmanes, mais pas le voile, veut respecter l’histoire et la culture de ses élèves, mais en leur laissant cultiver leur foi personnelle ailleurs, dans leur famille.

La diversité des degrés et des formes d’intégration de musulmans dans la actuelle est une source de trouble. Ce malaise s’apaisera sans doute largement quand on pourra dire clairement quelles sont les manières de vivre l’ qui sont acceptables pour la française et quelles sont celles qui ne pourront être vécues qu’en partant vers des pays musulmans. Les expériences vécues par les écoles catholiques pourront peut être aider à trouver la voie d’un compromis d’intégration plus juste qui ne soit ni laïcisme ni islamisme.

23 avril 2014

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